«
Belle Guerchy, je vous les donne,
Ces vers que vous désirez tant ;
Ils ne sont pas fort beaux, mais pour votre personne,
Qui ne souhaiterait d’en pouvoir faire autant ?
Au reste, ne trouvez étrange
Mon scrupule, et gardez-vous bien
De dire que ce sont vers à vôtre louange,
Car je vous maintiendrais tout franc qu’il n’en est rien.
Et ne vous faites point de fête
En une telle occasion ;
Ce serait faire un tour qui serait malhonnête,
Et qui vous tournerait à grande confusion.
Il ne faut pas, ne vous déplaise,
S’enrichir d’injustes acquêts :
L’adresse est pour une autre, et seriez-vous bien aise
Que quelqu’un en chemin détroussât vos paquets ?
Les biens d’autrui ne sont pas vôtres,
Mais comme on est parfois jaloux,
Je m’offre de bon cœur à vous en faire d’autres
Sur le même sujet qui seront tous pour vous.
Qu’est-ce que par vôtre prière
Ne ferait un pauvre garçon ?
Vous n’avez seulement qu’à fournir la matière,
Il vous en coûtera fort peu pour la façon.
Notes
Titre complet: À mademoiselle de Guerchy, lui envoyant la copie d’une jouissance.
Date: Le poème a très probablement été rédigé entre 1648 (date à laquelle La Jouissance de Benserade devient un succès de salon) et 1660 (date du décès de la dédicataire). La date ici proposée de 1692 correspond à sa première apparition connue dans un recueil collectif : "Recueil des plus belles pièces des poëtes françois", publié par Claude Barbin.