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A mademoiselle de Guerchy

Isaac de Benserade · 1692 · Préciosité · 17e siècle
«
Belle Guerchy, je vous les donne, Ces vers que vous désirez tant ; Ils ne sont pas fort beaux, mais pour votre personne, Qui ne souhaiterait d’en pouvoir faire autant ? Au reste, ne trouvez étrange Mon scrupule, et gardez-vous bien De dire que ce sont vers à vôtre louange, Car je vous maintiendrais tout franc qu’il n’en est rien. Et ne vous faites point de fête En une telle occasion ; Ce serait faire un tour qui serait malhonnête, Et qui vous tournerait à grande confusion. Il ne faut pas, ne vous déplaise, S’enrichir d’injustes acquêts : L’adresse est pour une autre, et seriez-vous bien aise Que quelqu’un en chemin détroussât vos paquets ? Les biens d’autrui ne sont pas vôtres, Mais comme on est parfois jaloux, Je m’offre de bon cœur à vous en faire d’autres Sur le même sujet qui seront tous pour vous. Qu’est-ce que par vôtre prière Ne ferait un pauvre garçon ? Vous n’avez seulement qu’à fournir la matière, Il vous en coûtera fort peu pour la façon.

Notes

Titre complet: À mademoiselle de Guerchy, lui envoyant la copie d’une jouissance. Date: Le poème a très probablement été rédigé entre 1648 (date à laquelle La Jouissance de Benserade devient un succès de salon) et 1660 (date du décès de la dédicataire). La date ici proposée de 1692 correspond à sa première apparition connue dans un recueil collectif : "Recueil des plus belles pièces des poëtes françois", publié par Claude Barbin.

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