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Lettre amoureuse d'Héloïse à Abélard

Jean-Pierre Colardeau · None · 18e siècle
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Dans ces lieux habités par la seule innocence, Où règne, avec la paix, un éternel silence, Où les cœurs, asservis à de sévères lois, Vertueux par devoir, le sont aussi par choix ; Quelle tempête affreuse, à mon repos fatale, S' élève dans les sens d'une faible vestale ? De mes feux, mal éteints, qui ranime l'ardeur ? Amour, cruel amour, renais-tu dans mon cœur ? Hélas, je me trompais ! J'aime, je brûle encore ! Ô mon cher et fatal ! ... Abélard ... je t'adore ! Cette lettre, ces traits, à mes yeux si connus, Je les baise cent fois, cent fois je les ai lus. De sa bouche amoureuse Héloïse les presse ; Abélard ! Cher amant ! Mais quelle est ma faiblesse ? Quel nom, dans ma retraite, osé-je prononcer ? Ma main l'écrit ! ... Eh bien, mes pleurs vont l'effacer ! Dieu terrible, pardonne, Héloïse soupire. Au plus cher des époux tu lui défends d' écrire, À tes ordres cruels Héloïse souscrit... Que dis-je ? Mon cœur dicte... et ma plume obéit. Prisons, où la vertu, volontaire victime, Gémit et se repent, quoiqu'exempte de crime, Où l'homme, de son être, imprudent destructeur, Ne jette, vers le ciel, que des cris de douleur, Marbres inanimés, et vous froides reliques, Que nous ornons de fleurs, qu' honorent nos cantiques, Quand j' adore Abailard, quand il est mon époux, Que ne suis-je insensible et froide comme vous ! Mon dieu m' appelle en vain du trône de sa gloire, Je cède à la nature une indigne victoire. Les cilices, les fers, les prières, les vœux, Tout est vain, et mes pleurs n' éteignent point mes feux. Au moment où j'ai lu ces tristes caractères, Des ennuis de ton cœur secrets dépositaires, Abélard, j'ai senti renaître mes douleurs. Cher époux, cher objet de tendresse et d'horreurs, Que l' amour, dans tes bras, avait pour moi de charmes ! Que l'amour, loin de toi, me fait verser de larmes ! Tantôt je crois te voir, de myrte couronné, Heureux et satisfait, à mes pieds prosterné ; Tantôt, dans les déserts, farouche et solitaire, Le front couvert de cendre, et le corps sous la haire, Desséché dans ta fleur, pâle et défiguré, À l'ombre des autels, dans le cloître ignoré ; C' est donc là qu'Abélard, que sa fidèle épouse, Quand la religion, de leur bonheur jalouse, Brise les nœuds chéris dont ils étaient liés, Vont vivre indifférents, l'un par l'autre oubliés ; C’est là que, détestant et pleurant leur victoire, Ils fouleront aux pieds et l'amour et la gloire. Ah, plutôt écris-moi : formons d'autres liens, Partage mes regrets... je gémirai des tiens, L'écho répètera nos plaintes mutuelles ; L'écho suit les amants malheureux et fidèles. Le sort, nos ennemis, ne peuvent nous ravir Le plaisir douloureux de pleurer, de gémir. Nos larmes sont à nous... nous pouvons les répandre : Mais Dieu seul, me dis-tu, Dieu seul doit y prétendre. Cruel ! Je t'ai perdu, je perds tout avec toi. Tout m' arrache des pleurs... tu ne vis plus pour moi. C’est pour toi... pour toi seul que couleront mes larmes, Aux pleurs des malheureux Dieu trouve-t-il des charmes ? Écris-moi, je le veux : ce commerce enchanteur, Aimable épanchement de l'esprit et du cœur, Cet art de converser, sans se voir, sans s'entendre, Ce muet entretien, si charmant et si tendre, L'art d'écrire, Abélard, fut sans doute inventé Par l'amante captive et l'amant agité ; Tout vit par la chaleur d'une lettre éloquente, Le sentiment s'y peint sous les doigts d'une amante. Son cœur s'y développe ; elle peut, sans rougir, Y mettre tout le feu d' un amoureux désir. Hélas ! Notre union fut légitime et pure ; On nous en fit un crime, et le ciel en murmure. À ton cœur vertueux quand mon cœur fut lié, Quand tu m'offris l'amour sous le nom d' amitié, Tes yeux brillaient alors d'une douce lumière ; Mon âme, dans ton sein, se perdit toute entière. Je te croyais un dieu, je te vis sans effroi. Je cherchais une erreur, qui me trompa pour toi. Ah ! Qu'il t'en coûtait peu pour charmer Héloïse ! Tu parlais... à ta voix tu me voyais soumise. Tu me peignais l'amour bienfaisant, enchanteur... La persuasion se glissait dans mon cœur : Hélas ! Elle y coulait de ta bouche éloquente, Tes lèvres la portaient sur celles d'une amante. Je t'aimai... je connus, je suivis le plaisir ; Je n'eus plus de mon dieu qu'un faible souvenir. Je t'ai tout immolé, devoir, honneur, sagesse ; J'adorais Abélard, et dans ma douce ivresse, Le reste de la terre était perdu pour moi : Mon univers, mon dieu, je trouvais tout dans toi. Tu le sais ; quand ton âme, à la mienne enchaînée, Me pressait de serrer les nœuds de l'hyménée, Je t'ai dit, cher amant, hélas, qu'exiges-tu ? L'amour n'est point un crime, il est une vertu. Pourquoi donc l'asservir à des lois tyranniques ? Pourquoi le captiver par des nœuds politiques ? L'amour n'est point esclave, et ce pur sentiment, Dans le cœur des humains, naît libre, indépendant. Unissons nos plaisirs sans unir nos fortunes. Crois-moi, l'hymen est fait pour des âmes communes, Pour des amants livrés à l'infidélité. Je trouve dans l'amour, mes biens, ma volupté. Le véritable amour ne craint point le parjure. Aimons-nous, il suffit, et suivons la nature. Apprenons l'art d' aimer, de plaire tour à tour, Ne cherchons, en un mot, que l'amour dans l'amour. Que le plus grand des rois, descendu de son trône, Vienne mettre à mes pieds son sceptre et sa couronne, Et que m' offrant sa main, pour prix de mes attraits, Son amour fastueux me place sous le dais, Alors on me verra préférer ce que j'aime À l'éclat des grandeurs, au monarque, à moi-même. Abélard, tu le sais ; mon trône est dans ton cœur. Ton cœur fait tout mon bien, mes titres, ma grandeur. Méprisant tous ces noms, que la fortune invente, Je porte, avec orgueil, le nom de ton amante : S'il en est un plus tendre et plus digne de moi, S'il peint mieux mon amour, je le prendrai pour toi. Abélard, qu'il est doux de s'aimer, de se plaire ! C'est la première loi, le reste est arbitraire. Quels mortels plus heureux que deux jeunes amants, Réunis par leurs goûts et par leurs sentiments, Que les rires et les jeux, que le penchant rassemble, Qui pensent à la fois, qui s'expriment ensemble, Qui confondent leur joie au sein de leurs plaisirs, Qui jouissent toujours, ont toujours des désirs. Leurs cœurs, toujours remplis, n'éprouvent point de vide. La douce illusion à leur bonheur préside. Dans une coupe d'or ils boivent à longs traits, L’oubli de tous les maux et des biens imparfaits. Si l'homme, hélas, peut l'être, ils sont heureux sans doute, Nous cherchons le bonheur, l'amour en est la route. L'amour mène au plaisir, l'amour est le vrai bien. Tel fut, cher Abélard, et ton sort et le mien. Que les temps sont changés ! ô jour, jour exécrable ! Jour affreux, où l'acier, dans une main coupable, Osa... quoi, je n'ai point repoussé ses efforts ! Malheureuse Héloïse, ah, que faisais-je alors ? Mon bras, mon désespoir, les larmes d'une amante Auraient... rien ne fléchit leur rage frémissante ! Barbares, arrêtez, respectez mon époux, Seule j'ai mérité de périr sous vos coups ! Vous punissez l'amour, et l'amour est mon crime ! Oui, j'aime avec fureur, frappez votre victime. Vous ne m'écoutez pas ! Le sang coule ! ... ah, cruels ! Quoi, mes cris, quoi, mes pleurs, paraîtront criminels ! Quoi, je ne puis me plaindre en mon malheur funeste ! Nos plaisirs sont détruits... ma rougeur dit le reste. Mais, quelle est la rigueur du destin qui nous perd ? Nous trouvons dans l'abîme, un autre abîme ouvert. Ô mon cher Abélard, peins-toi ma destinée. Rappelle-toi le jour, où de fleurs couronnée, Où, prête à prononcer un serment solennel Ta main me conduisit aux marches de l'autel, Où, détestant tous deux le sort qui nous opprime, On vit une victime immoler la victime, Où, le cœur consumé du feu de mes désirs, Je jurai de quitter le monde et ses plaisirs. D'un voile obscur et saint, ta main faible et tremblante, À peine avait couvert le front de ton amante, À peine je baisais ces vêtements sacrés, Ces cilices, ces fers à mes mains préparés, Du temple tout-à-coup les voûtes retentirent. Le soleil s'obscurcit, et les lampes pâlirent. Tant le ciel entendit, avec étonnement, Des vœux qui n' étaient plus pour mon fidèle amant ! Tant l' éternel encore doutait de sa victoire ! Je te quittais... Dieu même avait peine à le croire. Hélas, qu'à juste titre il soupçonnait ma foi ! Je me donnais à lui quand j'étais toute à toi. Viens donc, cher Abailard, seul flambeau de ma vie. Que ta présence encore ne me soit point ravie ! C'est le dernier des biens dont je veuille jouir. Viens, nous pourrons encore connaître le plaisir, Le trouver dans nos yeux, le puiser dans nos âmes. Je brûle... de l'amour je sens toutes les flammes. Laisse-moi m'appuyer sur ton sein amoureux, Me pâmer sur ta bouche, y respirer nos feux : Quels moments, Abélard ! Les sens-tu ? Quelle joie ! Ô douce volupté ! ... plaisirs... où je me noie ! Serre-moi dans tes bras ! Presse-moi sur ton cœur ! Nous nous trompons tous deux, mais quelle heureuse erreur ! Je ne me souviens plus de ton destin funeste, Couvre-moi de baisers... je rêverai le reste. Que dis-je ! Cher amant, non, non, ne m'en crois pas. Il est d'autres plaisirs, montre-m'en les appâts. Viens, mais pour me traîner aux pieds du sanctuaire, Pour m' apprendre à gémir sous un joug salutaire, À te préférer Dieu, son amour et sa loi, Si je puis cependant les préférer à toi. Viens, et pense du moins que ce troupeau timide De vestales, d'enfants, a besoin qu' on le guide. Ces filles du seigneur, instruites par ta voix, Baissant un front docile et s'imposant tes lois, Marchèrent sur tes pas dans ce climat sauvage, De ces remparts sacrés, l'enceinte est ton ouvrage, Et tu nous fis trouver, sur des rochers affreux, Des campagnes d'éden l' attrait délicieux ; Retraite des vertus, séjour simple et champêtre. Sans faste, sans éclat, tel enfin qu' il doit être : Les biens de l' orphelin ne l'ont point enrichi ; De l'or du fanatique il n' est point embelli ; La piété l'habite, et voilà sa richesse. Dans l'enclos ténébreux de cette forteresse, Sous ces dômes obscurs, à l'ombre de ces tours, Que ne peut pénétrer l'éclat des plus beaux jours, Mon amant autrefois répandait la lumière : Le soleil brillait moins au haut de sa carrière. Les rayons de sa gloire éclairaient tous les yeux. Maintenant qu' Abélard ne vit plus dans ces lieux, La nuit les a couverts de ses voiles funèbres, La tristesse nous suit dans l'horreur des ténèbres. On demande Abailard, et je vois tous les cœurs, Privés de mon amant, partager mes douleurs. Des larmes de ses sœurs Héloïse attendrie, De voler dans leurs bras te conjure et te prie. Ah, charité trompeuse ! Ingénieux détour ! Ai-je d'autre vertu que celle de l'amour ? Viens, n' écoute que moi, moi seule je t'appelle. Abélard, sois sensible à ma douleur mortelle. Toi, dans qui je trouvais père, époux, frère, ami, Toi, de tous les amants, l'amant le plus chéri, Ne vois-tu plus en moi ton épouse charmante, Ta fille, ton amie, et surtout ton amante ? Viens, ces arbres touffus, ces pins audacieux, Dont la cime s' élève et se perd dans les cieux, Ces ruisseaux argentés, fuyants dans la prairie, L' abeille, sur les fleurs, cherchant son ambroisie, Le zéphir, qui se joue au fond de nos bosquets, Ces cavernes, ces lacs et ces sombres forêts, Ce spectacle riant, offert par la nature, N' adoucit plus l' horreur du tourment que j' endure. L' ennui, le sombre ennui, triste enfant du dégoût Dans ces lieux enchantés se traîne, et corrompt tout. Il sèche la verdure, et la fleur pâlissante Se courbe et se flétrit sur sa tige mourante. Zéphir n' a plus de souffle, écho n' a plus de voix, Et l' oiseau ne sait plus que gémir dans nos bois. Hélas ! Tels sont les lieux où, captive, enchaînée, Je traîne dans les pleurs ma vie infortunée, Cependant Abélard, dans cet affreux séjour, mon cœur s' énivre encore des poisons de l' amour. Je n' y dois mes vertus qu' à ta funeste absence, Et j' y maudis cent fois ma pénible innocence. Moi, dompter mon amour quand j' aime avec fureur ! Ah ! Ce cruel effort est-il fait pour mon cœur ? Avant que le repos puisse entrer dans mon âme, Avant que ma raison puisse étouffer ma flamme, Combien faut-il encore aimer, se repentir, Désirer, espérer, désespérer, sentir, Embrasser, repousser, m'arracher à moi-même, Faire tout, excepté d'oublier ce que j'aime. Ô funeste ascendant ! ô joug impérieux ! Quels sont donc mes devoirs, et qui suis-je en ces lieux ? Perfide, de quel nom veux-tu que l' on te nomme ? Toi, l'épouse d' un dieu ; tu brûles pour un homme ! Dieu cruel, prends pitié du trouble où tu me vois, À mes sens mutinés ose imposer tes lois. Tu tiras du chaos le monde et la lumière, Eh bien, il faut t'armer de ta puissance entière. Il ne faut plus créer... il faut plus en ce jour, Il faut dans Héloïse anéantir l'amour. Le pourras-tu, grand dieu ? Mon désespoir, mes larmes, Contre un cher ennemi te demandent des armes ; Et cependant, livrée à de contraires vœux, Je crains plus tes bienfaits que l'excès de mes feux. Chères sœurs, de mes fers, compagnes innocentes, Sous ces portiques saints, colombes gémissantes, Vous, qui ne connaissez que ces froides vertus, Que la religion donne... et que je n'ai plus, Vous, qui dans les langueurs du zèle monastique, Ignorez de l'amour l'empire tyrannique ; Vous enfin, qui n'ayant que Dieu seul pour amant, Aimez par habitude, et non par sentiment : Que vos cœurs sont heureux, puisqu'ils sont insensibles ! Tous vos jours sont sereins, toutes vos nuits paisibles. Le cri des passions n'en trouble point le cours. Ah ! Qu'Héloïse envie et vos nuits et vos jours ! Héloïse aime et brûle au lever de l'aurore, Au coucher du soleil elle aime et brûle encore, Dans la fraîcheur des nuits elle brûle toujours. Elle dort pour rêver dans le sein des amours. À peine le sommeil a fermé mes paupières, L'amour, me caressant de ses ailes légères, Me rappelle ces nuits, chères à mes désirs, Douces nuits, qu'au sommeil disputaient les plaisirs ! Abélard, mon vainqueur, vient s'offrir à ma vue : Je l'entends... je le vois... et mon âme est émue. Les sources du plaisir se rouvrent dans mon cœur ; Je l'embrasse... il se livre à ma brûlante ardeur. La douce illusion se glisse dans mes veines : Mais que je jouis peu de ces images vaines ! Sur ces objets flatteurs, offerts par le sommeil, La raison vient tirer le rideau du réveil. Non, tu n'éprouves plus ces secousses cruelles, Abélard, tu n'as plus de flammes criminelles. Dans le funeste état où t'a réduit le sort, Ta vie est un long calme, image de la mort. Ton sang, pareil aux eaux des lacs et des fontaines, Sans trouble et sans chaleur circule dans tes veines. Ton cœur glacé n'est plus le trône de l'amour, Ton œil appesanti s'ouvre avec peine au jour : On n'y voit point briller le feu qui me dévore. Tes regards sont plus doux qu' un rayon de l' aurore. Viens donc, cher Abélard ! Que crains-tu près de moi ? Le flambeau de Vénus ne brûle plus pour toi. Désormais insensible aux plus douces caresses, T'est-il encore permis de craindre des faiblesses ? Puis-je espérer encore d'être belle à tes yeux ? Semblable à ces flambeaux, à ces lugubres feux, Qui brûlent près des morts sans échauffer leur cendre, Mon amour sur ton cœur n'a plus rien à prétendre. Ce cœur anéanti ne peut plus s'enflammer. Héloïse t'adore, et tu ne peux l'aimer ! Mais que sens-je ? ô pouvoir ! ô puissance suprême ! Quelle main me déchire, et m'arrache à moi-même ? Tremble, cher Abélard ! Un dieu parle à mon cœur. De ce dieu, ton rival, sois encore le vainqueur. Vole près d'Héloïse, et sois sûr qu' elle t'aime. Abélard, dans mes bras, l'emporte sur Dieu même : Oui, viens... ose te mettre entre le ciel et moi ; Dispute-lui mon cœur... et ce cœur est à toi. Que dis-je ? Non, cruel, fuis loin de ton amante : Fuis, cède à l'éternel Héloïse mourante. Fuis, et mets entre nous l'immensité des mers : Habitons les deux bouts de ce vaste univers. Dans le sein de mon dieu, quand mon amour expire, Je crains de respirer l'air qu'Abélard respire ; Je crains de voir ses pas sur la poudre tracés. Tout me rappellerait des traits mal effacés. Du crime au repentir un long chemin nous mène : Du repentir au crime un moment nous entraîne. Ne viens point, cher amant, je ne vis plus pour toi, Je te rends tes serments, ne pense plus à moi. Adieu, plaisirs si chers à mon âme enivrée : Adieu, douces erreurs d'une amante égarée ; Je vous quitte à jamais, et mon cœur s'y résout : Adieu, cher Abailard, cher époux... adieu tout. Ô grâce lumineuse ! ô sagesse profonde ! Vertu, fille du ciel, oubli sacré du monde ! Vous, qui me promettez des plaisirs éternels, Enlevez Héloïse au sein des immortels. Je me meurs... Abélard, viens fermer ma paupière. Je perdrai mon amour en perdant la lumière. Dans ces affreux moments, viens du moins recueillir Et mon dernier baiser et mon dernier soupir. Et toi, quand le trépas aura flétri tes charmes, Ces charmes séducteurs, la source de mes larmes, Quand la mort, de tes jours éteindra le flambeau, Qu'on nous unisse encore dans la nuit du tombeau. Que la main des amours y grave notre histoire, Et que le voyageur, pleurant notre mémoire, Dise, ils s'aimèrent trop, ils furent malheureux ; Gémissons sur leur tombe, et n'aimons pas comme eux.
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