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Pourquoi perdez-vous la parole
Aussitôt que vous rencontrez
Celle que vous idolâtrez ?
Devenant vous-même une idole,
Vous êtes là sans dire un mot
Et ne faites rien que le sot.
Par la voix Amour vous suffoque ;
Si vos soupir vont au-devant,
Autant en emporte le vent :
Et votre déesse s’en moque
Vous jugeant de même imparfait
De la parole et de l’effet.
Pensez-vous la rendre abattue
Sans votre fait lui déceler ?
Faire les doux yeux sans parler
C’est faire l’amour en tortue :
La belle fait bien de garder
Ce qui vaut bien le demander.
Voulez-vous en la violence
De votre longue affection
Montrer une discrétion ?
Si on la voit par le silence,
Un tableau d’amoureux transi
Le peut bien faire tout ainsi.
Souffrir mille et mille traverses
N’en dire mot, prétendre moins,
Donner ses tourments pour témoins
De toutes ses peines diverses,
Des coups n’être point abattu,
C’est d’un âne avoir la vertu.