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Elégie

Claude Malleville · None · 17e siècle
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Aujourd’hui que ton âme a changé de courage, Je pense que ton corps a changé de visage. Ta beauté n’a duré qu’autant que ton amour, Et ta grâce et ta foi meurent en même jour. Phyllis, lorsque mes yeux découvrent quelque belle Où qui fasse la fine, ou qui soit infidèle, Quand elle brillerait de grâces et d’appas, Avecque ce défaut elle ne me plaît pas. Cella à qui maintenant j’adresse mon service Ne sut jamais que c’est de finesse ou de vice. Elle est toute parfaite et l’amour glorieux Règne dedans son cœur aussi bien qu’en ses yeux. Que si le moindre effet d’une ardeur véritable Me peut faire trouver une laide agréable, Si je mets le mérite en la fidélité, Si pour moi la douceur tient lieu de la beauté, Quand je vois cet objet plein d’attraits et de flamme Offrir à mes desseins et son corps et son âme Et de mille faveurs mon amour obliger, Si mon cœur est épris, je le laisse à juger ! Certes lorsque je pense aux grâces non pareilles Qui la mettent au rang des plus rares merveilles, Quand je pense à l’amour qu’elle m’a témoigné, Quand je pense aux mépris dont je l’ai dédaigné Pour faire un bon office à ton inquiétude, Enfin lorsque je pense à ton ingratitude, Aux devoirs que mes soins te rendaient chaque jour, A ton peu de mérite, à mon excès d’amour, Je suis au désespoir, je rougis de moi-même ; Et plein d’un repentir aussi juste qu’extrême, Après tous les tourments que tu me fais souffrir, Au milieu des faveurs qu’elle me vient offrir, Je pense que pour faire un acte de justice, Le ciel veut que je l’aime et que je te haïsse.
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