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Epigramme contre Staline

Ossip Mandelstam · 1933 · 20e siècle
«
Nous vivons sans sentir sous nos pieds le pays, Nos paroles à dix pas ne sont même plus ouïes, Et là où s’engage un début d’entretien, — Là on se rappelle le montagnard du Kremlin. Ses gros doigts sont gras comme des vers, Ses mots comme des quintaux lourds sont précis. Ses moustaches narguent comme des cafards, Et tout le haut de ses bottes luit. Une bande de chefs au cou grêle tourne autour de lui, Et des services de ces ombres d’humains, il se réjouit. L’un siffle, l’autre miaule, un autre gémit, Il n’y a que lui qui désigne et punit. Or, de décret en décret, comme des fers, il forge — À qui au ventre, au front, à qui à l’œil, au sourcil. Pour lui, ce qui n’est pas une exécution, est une fête. Ainsi comme elle est large la poitrine de l’Ossète. - - - - Мы живём, под собою не чуя страны, Наши речи за десять шагов не слышны, А где хватит на полразговорца, — Там припомнят кремлёвского горца. Его толстые пальцы, как черви, жирны, А слова, как пудовые гири, верны, Тараканьи смеются усища, И сияют его голенища. А вокруг него сброд тонкошеих вождей, Он играет услугами полулюдей. Кто свистит, кто мяучит, кто хнычет, Он один лишь бабачит и тычет. Как подковы, кует за указом указ — Кому в пах, кому в лоб, кому в бровь, кому в глаз. Что ни казнь у него – то малина И широкая грудь осетина.

Notes

— Traduction d'Élisabeth Mouradian et Serge Venturini

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