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Sous un portrait de Corbière...

Tristan Corbière · None · 19e siècle
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Jeune philosophe en dérive Revenu sans avoir été, Cœur de poète mal planté : Pourquoi voulez-vous que je vive ? L’amour !… je l’ai rêvé, mon cœur au grand ouvert Bat comme un volet en pantenne Habité par la froide haleine Des plus bizarres courants d’air ; Qui voudrait s’y jeter ?… pas moi si j’étais ELLE !… Va te coucher, mon cœur, et ne bats plus de l’aile. J’aurais voulu souffrir et mourir d’une femme, M’ouvrir du haut en bas et lui donner en flamme, Comme un punch, ce cœur-là, chaud sous le chaud soleil… Alors je chanterais (faux, comme de coutume) Et j’irais me coucher seul dans la trouble brume Éternité, néant, mort, sommeil, ou réveil. Ah si j’étais un peu compris ! Si par pitié Une femme pouvait me sourire à moitié, Je lui dirais : oh viens, ange qui me consoles !… . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . … Et je la conduirais à l’hospice des folles. On m’a manqué ma vie !… une vie à peu près ; Savez-vous ce que c’est : regardez cette tête. Dépareillé partout, très bon, plus mauvais, très Fou, ne me souffrant… Encor si j’étais bête ! La mort… ah oui, je sais : cette femme est bien froide, Coquette dans la vie ; après, sans passion. Pour coucher avec elle il faut être trop roide… Et puis, la mort n’est pas, c’est la négation. Je voudrais être un point épousseté des masses, Un point mort balayé dans la nuit des espaces, …Et je ne le suis point ! Je voudrais être alors chien de femme publique, Lécher un peu d’amour qui ne soit pas payé ; Ou déesse à tous crins sur la côte d’Afrique, Ou fou, mais réussi ; fou, mais pas à moitié.

Notes

Titre complet: Sous un portrait de Corbière en couleurs fait par lui et daté de 1868.

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