«
Zila, Atis.
Un jour à sa Bergère Atis porte un oiseau.
Je l’ai pris, lui dit-il, sous le prochain berceau.
J’étais caché sous le feuillage,
Et je tenais à tous ce gracieux langage :
« Venez ! c’est à Zila que je veux vous offrir ;
« Est-il quelqu’un de vous qui veuille être farouche ?
« Petits oiseaux ! combien elle va vous chérir !
« Vous aurez tout le jour des baisers de sa bouche ;
« Vous serez nourris de sa main,
« Vous serez admis dans sa couche,
« Et vous dormirez sur son sein.
Cet innocent c’est laissé prendre.
On eut dit que, charmé d’un aussi beau destin,
Il se prêtait à mon dessein,
Tant il semblait peu se défendre.
Zila.
Bel ami ! tu veux donc habiter parmi nous ?
Ah ! fais-nous ce plaisir, reste, je t’en conjure.
Nous t’offrirons une onde aussi fraîche, aussi pure
Que l’onde qui s’échappe à-travers les cailloux,
Des grains, des fleurs, de la verdure,
Tous les plaisirs enfin qui flatteront tes goûts.
La Bergère à ces mots sur son riant plumage
Glissa légèrement la main.
L’oiseau battait de l’aile, et de son esclavage
Tentait de rompre le lien.
Zila soupire. « Hélas ! s’il avait une amie…
Dit-elle. Sans aimer peut-on passer sa vie ?
Comme nous n’a-t-il pas un cœur ?
Quand tu l’as pris, peut-être en ce moment d’horreur
Il venait de quitter cette moitié chérie.
Encor rempli de son bonheur,
Aveugle et sourd à tout le reste,
Il courrait au piège funeste,
Sans en reconnaître l’erreur.
Sa compagne l’attend sans doute…
Pour elle quel chagrin amer !
Ah mon bien aimé ! qu’il en coûte
De perdre pour jamais ce qu’on a de plus cher !
Pour un moment tous deux mettons-nous en sa place.
Si l’on voulait un jour me séparer de toi,
Atis ! quelle affreuse disgrâce !...
Y consentirais-tu, dis-moi ?
Et si je te perdais… juste ciel que j’implore !
Epargnez à nos feux un si triste retour…
Objet d’un immortel amour !
Que deviendrait Zila… ta Zila qui t’adore ?
A cet infortuné laissons prendre l’essor.
Que nous serons bénis ! quels transports ! quelle fête !
Quand le couple amoureux va se revoir encor !
Atis ! que de plaisir ce retour leur apprête !
Bel oiseau ! je te rends à tes premiers liens ;
Pars ; tu diras à ton amie,
Qu’enchaîné comme toi sous une loi chérie
En faveur de ses feux, Atis fit grâce aux tiens.