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Idylle première (Zila, Atis)

Nicolas Germain Léonard · 1766 · 18e siècle
«
Zila, Atis. Un jour à sa Bergère Atis porte un oiseau. Je l’ai pris, lui dit-il, sous le prochain berceau. J’étais caché sous le feuillage, Et je tenais à tous ce gracieux langage : « Venez ! c’est à Zila que je veux vous offrir ; « Est-il quelqu’un de vous qui veuille être farouche ? « Petits oiseaux ! combien elle va vous chérir ! « Vous aurez tout le jour des baisers de sa bouche ; « Vous serez nourris de sa main, « Vous serez admis dans sa couche, « Et vous dormirez sur son sein. Cet innocent c’est laissé prendre. On eut dit que, charmé d’un aussi beau destin, Il se prêtait à mon dessein, Tant il semblait peu se défendre. Zila. Bel ami ! tu veux donc habiter parmi nous ? Ah ! fais-nous ce plaisir, reste, je t’en conjure. Nous t’offrirons une onde aussi fraîche, aussi pure Que l’onde qui s’échappe à-travers les cailloux, Des grains, des fleurs, de la verdure, Tous les plaisirs enfin qui flatteront tes goûts. La Bergère à ces mots sur son riant plumage Glissa légèrement la main. L’oiseau battait de l’aile, et de son esclavage Tentait de rompre le lien. Zila soupire. « Hélas ! s’il avait une amie… Dit-elle. Sans aimer peut-on passer sa vie ? Comme nous n’a-t-il pas un cœur ? Quand tu l’as pris, peut-être en ce moment d’horreur Il venait de quitter cette moitié chérie. Encor rempli de son bonheur, Aveugle et sourd à tout le reste, Il courrait au piège funeste, Sans en reconnaître l’erreur. Sa compagne l’attend sans doute… Pour elle quel chagrin amer ! Ah mon bien aimé ! qu’il en coûte De perdre pour jamais ce qu’on a de plus cher ! Pour un moment tous deux mettons-nous en sa place. Si l’on voulait un jour me séparer de toi, Atis ! quelle affreuse disgrâce !... Y consentirais-tu, dis-moi ? Et si je te perdais… juste ciel que j’implore ! Epargnez à nos feux un si triste retour… Objet d’un immortel amour ! Que deviendrait Zila… ta Zila qui t’adore ? A cet infortuné laissons prendre l’essor. Que nous serons bénis ! quels transports ! quelle fête ! Quand le couple amoureux va se revoir encor ! Atis ! que de plaisir ce retour leur apprête ! Bel oiseau ! je te rends à tes premiers liens ; Pars ; tu diras à ton amie, Qu’enchaîné comme toi sous une loi chérie En faveur de ses feux, Atis fit grâce aux tiens.

Notes

Recueil: Idylles morales (1766).

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