«
Comme les courtisans près d’un nouveau destin,
Nous attendions ensemble un rayon de l’aurore.
Les songes attardés se poursuivaient encore,
Et tes yeux étaient bleus, — bleus comme le matin.
Déjà je regrettais une douceur passée.
Tes cheveux répandaient une odeur de sommeil.
Dans la crainte de voir éclater le soleil,
Notre nuit s’éloignait, souriante et lassée.
Tel qu’un léger linceul de spectre, le brouillard
Se drapait vaguement avant de disparaître,
Et le ciel était plein d’un immense : Peut-être…
L’aube était incertaine ainsi que ton regard.
Tu semblais deviner mes extases troublées.
Dans l’ombre, je croyais te voir enfin pâlir,
Et j’espérais qu’enfin jaillirait le soupir
De nos cœurs confondus, de nos âmes mêlées.
Nos êtres défaillants frémissaient d’espoirs sourds.
Nous rêvions longuement que c’était l’amour même,
Son immortelle angoisse et son ardeur suprême…
Et le jour s’est levé, comme les autres jours !
Notes
Recueil: Etudes et préludes (1901).
Note: La plupart des sites de poésie française ont copié le vers 17 ainsi "Nos êtres défaillants frémissaient d'espoir: sourds" sans remarquer que le s final de "espoir" était mal imprimé sur la première édition. D'autres ont une version différente des vers 17, 18 et 19: "Nos êtres frémissaient de tressaillements sourds. Nous espérions avoir atteint l’amour lui-même, Sa très terrible ardeur et son éclair suprême…", mais je ne sais pas d'où cela vient.
Voici le lien vers la première édition où vous pourrez trouver le s quasi effacé (mais en zoomant on devine que c'est bien un s et non pas deux points):
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k548663/f80.item.texteImage