← Retour aux poèmes

Nocturne

Renée Vivien · 1901 · Symbolisme · 20e siècle
«
J’adore la langueur de ta lèvre charnelle Où persiste le pli des baisers d’autrefois. Ta démarche ensorcelle, Et ton impitoyable et perverse prunelle A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids. Tes cheveux, répandus ainsi qu’une fumée, Légers et vaporeux, presque immatériels, Semblent, ô Bien-Aimée, Recéler les rayons d’une lune embrumée, D’une lune d’hiver dans le cristal des ciels. Le soir voluptueux a des moiteurs d’alcôve : Les astres sont pareils aux regards sensuels Dans l’éther d’un gris mauve, Et je vois s’allonger, inquiétant et fauve, Le lumineux reflet de tes ongles cruels. Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile, Je devine ton corps, — les lys ardents des seins, L’or blême de l’aisselle, Les flancs doux et fleuris, les jambes d’Immortelle, Le velouté du ventre et la rondeur des reins. La terre s’alanguit, énervée, et la brise, Chaude encore des lits lointains, vient assouplir La mer lasse et soumise… Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise… Dans l’ombre je te vois divinement pâlir.

Notes

Recueil: Etudes et préludes (1901).

← Précédent Amazone Suivant → Proche de la saison où les plus vives fleurs

Autres poèmes de Renée Vivien

A l'amie 1901 Amazone 1901 Aube incertaine 1901 Aurore sur la mer 1901 Bacchante triste 1901 Chanson - Comment oublier le pli lourd 1901 Chanson - De ta robe à longs plis flottants 1901 Chanson - J’ai l’âme lasse du destin 1901 Chanson - Le soir verse les demi-teintes 1901 Chanson - Le vol de la chauve-souris 1901 Chanson - Ta chevelure d'un blond rose 1901 Chanson - Ta voix est un savant poème... 1901 Dédicace (À la femme aimée) 1901 Elle écarte en passant les ronces du chemin 1901 L'amour méprisable None L'odeur des vignes 1901 L'éternelle vengeance 1901 Le couchant adoucit le sourire du ciel 1901 Le souffle violent et superbe des roses 1901 Les yeux gris 1901 Lucidité 1901 Morts inquiets 1901 Naïade moderne 1901 Nudité 1901 O forme que les mains ne sauraient retenir 1901 Ondine 1901 Soir 1901 Sommeil 1901 Sonnet - Dans la fièvre du ciel nocturne... 1901 Sonnet - Elles passent au loin... 1901 Sonnet - L'ombre assourdit le flux... 1901 Sonnet - L'orgueil des lourds anneaux... 1901 Sonnet - O forme que les mains... 1901 Sonnet - Parle-moi, de ta voix pareille... 1901 Sonnet - Tes cheveux irréels... 1901 Sonnet à la mort 1901 Sourire dans la mort 1901 Ta forme est un éclair... 1901 Victoire 1901