«
Sur la pierre froide elle est toute nue ;
Ses grands yeux jaunis sont restés ouverts.
Sa chair est livide avec des tons verts,
Car le corps est vieux et la morte pue.
Bouchez-vous le nez ; admirez pourtant :
Elle est encor belle et sa pourriture,
Dans une impudique et folle posture,
Attendant le ver, son dernier amant.
Elle va goûter de tristes caresses,
Et pour consommer ce lugubre amour,
Elle a conservé le délire lourd,
Le charme malsain des vieilles ivresses.
Mes dégoûts subits pour ses baisers froids,
J’en sais maintenant l’affreuse origine :
N’était-elle pas cadavre et vermine
Dans nos douloureux amours d’autrefois ?
— Fouille, Carabin, nerfs, ventre, cervelle.
Dénude les os, découpe les chairs.
Pour connaître à fond celle qui fut belle,
Ne craignons ni sang corrompu ni vers.
Quand nous n’aurons plus qu’un amas informe,
Que d’épars tronçons d’un cadavre mou,
Comme un vieux chien mort, afin qu’elle y dorme,
Nous la jetterons au fond d’un grand trou.