← Retour aux poèmes

L'inconstance

Marceline Desbordes-Valmore · 1819 · Romantisme · 19e siècle
«
Inconstance ! affreux sentiment ! Je t’implorais… je te déteste. Si d’un nouvel amour tu me fais un tourment, N’est-ce pas ajouter au tourment qui me reste ? Pour me venger d’un cruel abandon, Offre un autre secours à ma fierté confuse ; Tu flattes mon ennui, tu séduis ma raison ; Mais mon cœur échappe à ta ruse. Oui, prête à m’engager en de nouveaux liens, Je tremble d’être heureuse, et je verse des larmes ; Oui ! je sens que mes pleurs avaient pour moi des charmes, Et que mes maux étaient mes biens ! Si tu veux m’égarer dans l’amour que j’inspire, Si tu ne veux changer ton ivresse en remords, Arrache donc mon âme à ses premiers transports, À ce tourment aimé que rien ne peut décrire. Me sera-t-il payé, même par le bonheur ? Pour le goûter jamais mon âme est trop sensible ; Je la donne au plaisir ;… une pente invincible La ramène vers la douleur. Comme un rêve mélancolique, Le souvenir de mes amours Trouble mes nuits, voile mes jours. Il est éteint ce feu, ce charme unique ! Éteint par toi, cruel !… En vain, à mes genoux, Tu promets d’enchaîner un amant plus aimable ; Ce cœur blessé, dont l’amour est jaloux, Donne encore un regret, un soupir au coupable. Qu’il m’était cher ! que je l’aimais ! Que par un doux empire il m’avait asservie ! Ah ! je devais l’aimer toute ma vie, Ou ne le voir jamais ! Que méchamment il m’a trompée ! Se peut-il que son âme en fût préoccupée Quand je donnais à son bonheur Tous les battements de mon cœur ! Dieu ! comment se peut-il qu’une bouche si tendre Par un charme imposteur égare la vertu ? Si ce n’est dans l’amour, où pouvait-il le prendre, Quand il disait je t’aime, m’aimes-tu ?… Ô fatale Inconstance ! ô tourment de mon âme ! Qu’as-tu fait de la sienne, et qu’as-tu fait de moi ? Non, ce n’est pas l’Amour !… ce n’est pas lui ! c’est toi Qui de nos jours heureux a désuni la flamme. Je ne pouvais le croire : un triste étonnement Au cœur le plus sensible ôtait le sentiment. Mes pleurs se desséchaient à leur source brûlante, Mon sang ne coulait plus, j’étais pâle, mourante ; Mes yeux désenchantés repoussaient l’avenir… Tout semblait m’échapper… tout ! jusqu’au souvenir ! Mais il revient ! rien ne l’efface ; La douleur en fuyant laisse encore une trace ! Si tu m’as vue un jour me troubler à ta voix, C’est que tu l’embellis d’un accent que j’adore. Oui ! cet accent me trouble encore, Et mon cœur fut créé pour n’aimer qu’une fois !

Notes

Recueil: Elégies, Marie et romances. https://societedesetudesmarcelinedesbordesvalmore.fr/oeuvrepoetique/poeme.php?id_poeme=Bertrand313

← Précédent Le souvenir Suivant → A Délie (I)

Autres poèmes de Marceline Desbordes-Valmore

A Délie (I) 1819 A Délie (II) 1819 A Délie (III) 1819 A la Seine 1819 A la nuit 1819 A la poésie 1819 A ma fauvette 1819 A toi 1819 Adieu mes fidèles amours! 1819 C'est le bonheur, c'est toi 1819 Chanson créole 1819 Clémentine à Marie 1819 Conte imité de l'arabe 1819 Il va parler 1819 Je veux t'aimer toujours 1819 Jone et Sophie 1819 L'adieu du soir 1819 L'arbrisseau 1819 L'aveu permis 1819 L'espérance 1819 L'exilé 1819 L'imprudence 1819 L'inquiétude 1819 L'insomnie 1819 L'orage 1819 L'orpheline 1819 L'écho 1819 La douleur 1819 La nuit d'hiver 1819 La pastourelle 1819 La pélerine 1819 La séparation 1819 La vie et la mort du ramier 1829 Le billet 1819 Le billet 1819 Le concert 1819 Le pardon 1819 Le portrait 1819 Le premier amour 1819 Le pressentiment 1819 Le prisonnier de guerre 1829 Le regard 1819 Le retour aux champs 1819 Le ruban 1819 Le réveil 1819 Le soir 1819 Le sommeil de Julien 1819 Le souvenir 1819 Le souvenir 1819 Le troubadour en voyage 1819 Les deux amitiés 1819 Les deux amours 1819 Les deux mères 1819 Les deux peupliers 1829 Les séparés None Les trois heures du jour 1819 Mon bouquet 1819 Médor 1819 Même romance 1819 Prière aux muses 1819 Reprends ton bien 1819 Révélation 1833 Son image 1819