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L'arbrisseau

Marceline Desbordes-Valmore · 1819 · Romantisme · 19e siècle
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La tristesse est rêveuse… et je rêve souvent ! La nature m’y porte, on lui cède sans peine : Je rêve au bruit si doux de l’eau qui se promène, Au murmure du saule agité par le vent. J’écoute !... un souvenir répond à ma tristesse : Un autre souvenir s’éveille dans mon cœur : Chaque objet me pénètre, et répand sa couleur Sur le sentiment qui m’oppresse. Ainsi le nuage s’enfuit, Pressé par un autre nuage : Ainsi le flot fuit le rivage, Cédant au flot qui le poursuit. J’ai vu languir, au fond de la vallée, Un Arbrisseau flétri par le malheur ; L’Aurore se levait sans éclairer sa fleur, Et pour lui la nature était sombre et voilée ; Ses printemps ignorés s’écoulaient dans la nuit. L’Amour jamais d’une fraîche guirlande À ses rameaux n’avait laissé l’offrande : Il fait froid aux lieux qu’Amour fuit ! L’ombre humide éteignait sa force languissante, Son front pour s’élever faisait un vain effort : Un éternel hiver, une eau triste et dormante Jusque dans sa racine allait porter la mort. "Hélas ! faut-il mourir sans connaître la vie ! "Disait-il, courbant ses rameaux. "Je n’atteindrai jamais de ces arbres si beaux "La couronne verte et fleurie ! "Ils dominent au loin sur les champs d’alentour : "On dit que le soleil dore leur beau feuillage ; "Tandis que moi, sous leur épais ombrage, "Je devine à peine le jour ! "Quelle triste influence "A préparé ma chute auprès de ma naissance ? "Bientôt, hélas ! je ne dois plus gémir ! "Déjà ma feuille a cessé de frémir !... "Je meurs ! je meurs !" Ce douloureux murmure Toucha le dieu protecteur du vallon : C’était le temps où le noir aquilon Laisse en fuyant respirer la nature. "Non, dit le Dieu : Qu’un souffle de chaleur "Pénètre au sein de ta tige glacée : "Ta vie heureuse est enfin commencée ; "Relève-toi ! j’ai ranimé ta fleur. "Je te consacre aux nymphes des bocages ; "À mes lauriers tes rameaux vont s’unir ; "Et j’irai, sous ton ombre, à l’abri des orages, "Chercher un souvenir ." L’arbrisseau, faible encor, tressaillit d’espérance ; Dans le pressentiment il goûta l’existence : Comme l’aveugle-né, saisi d’un doux transport, Voit fuir sa longue nuit, image de la mort, Quand une main divine entr’ouvre sa paupière, Et conduit à son âme un rayon de lumière ; L’air qu’il respire alors est un bienfait nouveau ; Il est plus pur !... il vient d’un ciel si beau ! L’Arbrisseau, couronné de fleurs et de verdure, Offre au Dieu du vallon sa première parure ; Elle obtient une place au pied de ses autels : Les plus simples parfums plaisent aux Immortels.

Notes

Recueil: Elégies, Marie et Romances. Dédicace: À Monsieur Alibert. Note: Je présente ici la version de l'édition de 1819. Un manuscrit de cette édition modifiée montre plusieurs variations. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8610844r/f13.item https://societedesetudesmarcelinedesbordesvalmore.fr/oeuvrepoetique/poeme.php?id_poeme=Bertrand099

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