«
Assis sur un banc vert à écouter les merles,
Les geais, les tourterelles et leurs chants qui déferlent
D’un grand arbre élevé au-dessus de ma tête,
Je me demande : « Est-il un coin sur la planète
Où je puisse être seul, un instant, avec toi ?
Un coin où les étoiles seraient notre toit ?
Un lieu où l’on est sûr de ne croiser personne ? »
Et soudain, j’aperçois comme une sombre zone
Perdue là-haut, flottante et bien dissimulée
Au-delà des ramures les plus élevées :
Havre de canopée, invisible à l’œil nu,
Où nous pourrions dormir, sans la peur d’être vu
Par les être d’en-bas, les animaux sauvages,
Les méchants, les salauds, les faiseurs de tapage ;
Et où le ciel ferait comme un dais naturel
Qui couvrirait nos corps chauffés par le soleil,
Où les oiseaux seraient nos seuls voisins diurnes,
Et les nuages, un drap sur nos rêves nocturnes.
Serait-ce là le jardin des premiers amants,
Le jardin primordial des feux Ève et Adam ?
Désormais descendu des arbres utopiques,
L’Humain perd ce qui fit sa moëlle angélique,
Et rampe dans la boue où il cherche de l’or,
Et creuse sous la terre en quête de trésors,
Sans jamais plus lever de sa fange les yeux
Pour voir qu’il est tout seul, et qu’il est malheureux ;
Il a perdu le havre, il a perdu son âme,
Il n’est plus qu’un cadavre ambulant et sans flamme.
Je ne voudrais pas finir perdu sous les voûtes,
Condamné sur le sol, enterré par les doutes ;
Je préfère fixer mes yeux et mes pensées
Sur la vaste étendue de Mère-Canopée ;
Je préfère rêver aux crépuscules roses
Depuis les vertes tours où mon cœur se repose,
Et faire comme s’il n’y avait pas de voile
Qui cache à nos regards les myriades d’étoiles.