«
Une enfant était là, allongée sur les herbes;
De petites fleurs blanches, jaunes, rouges, bleues
L’entouraient, s’étalaient en une grande gerbe,
La berçaient doucement; elle fermait les yeux.
Les fleurs chantaient : « Dors bien, notre enfant, sous les arbres;
Profite des rayons qui percent dans les branches,
Et si l’on te chatouille, demeure de marbre;
Repose calmement, ne remue plus tes hanches.
Ne bouge pas; savoure le temps du sommeil;
Délasse tes pieds nus, étends tes jambes lourdes;
Lorsque ton cœur n’aura plus le goût de l’éveil,
Nous saurons murmurer à ton oreille sourde.
Et bientôt tu viendras rejoindre nos racines,
Puisque ton corps pourri et rongé par les vers
Décompose un tapis que tes courbes dessinent;
Tu couvriras nos bulbes dans les mois d’hiver.
Tu nourriras le sol de ton informe masse
Et nous diffuserons l’odeur de tes cheveux,
Jusqu’à ce que ta sœur, qui te cherche, ramasse
Un bouquet de fleurs fraîches aux couleurs de tes yeux. »