«
Comme il est loin le temps des rimes amoureuses,
Quand j’étais seul debout face aux années nombreuses
À venir! Elles sont passées rapidement,
Et me voilà couché, répétant tristement
Chaque journée, encore et toujours, l’âme vide,
Le dos courbé, l’esprit cherchant les thébaïdes.
Voilà que je ne vis que pour survivre encore;
Les fleurs de l’avenir ne veulent plus éclore,
Je marche sur les rocs, les sables de l’ennui
Et mon cœur épuisé souffle quand vient la nuit.
Où sont passés les bois et les clairières vertes?
Pourquoi ne vois-je plus qu’une étendue déserte?
Je travaille le jour, je rumine le soir;
Je me lève, il fait nuit, je reviens, il fait noir!
Qu’ai-je fait de cette âme qui chantait la Muse?
Ai-je vraiment gagné à la garder recluse?
Je l’ai vendue, donnée, pour un toit, pour du pain
Mais j’ai perdu le feu qui éclairait demain,
Et aujourd’hui j’ai froid et le chemin est sombre;
J’en ai assez d’égrainer les heures dans l’ombre.
Je veux revoir fleurir les landes de mon cœur
Et pousser le lotus sur l’étang de mes pleurs.
J’ai souffert, j’ai compris, je ne veux plus me taire;
J’écrirai chaque jour qu’importe la misère!
J’ai perdu trop de temps loin de la lyre d’or;
Je graverai des vers jusqu’au jour de ma mort,
Sur les bancs des jardins, sur les piliers des halles
Et gravez-en pour moi sur ma pierre tombale!