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Sous des saules pareils à de grands oriflammes,
À l’heure où tout s’éveille aux lumières du jour,
S’animent les reflets de nuages trop lourds
À la surface lisse d’un étang sans lame.
Entouré par les bois qui déploient leurs ramures,
Le lac s’allume et montre toute sa brillance;
Miroir braqué soudain sur la demeure immense
Des oiseaux qui agitent leurs fines voilures.
Mais ce lieu reculé, réceptacle des gaves,
Havre calme et secret de la faune aquatique,
Etincelant et fort d’émanations mystiques,
Est aussi le tombeau d’une piteuse épave.
Echouée sur la rive, une barque immobile,
Faite de bois trempé, imbibé par les pluies,
Recouverte de mousse et de boue et d’ennui,
S’enterre peu à peu dans un berceau d’argile.
Ce vieux bateau sans rame à l’allure morbide,
Refuge merveilleux des vers et des lichens,
Ne connaîtra jamais la fureur des krakens,
Les tempêtes en mer, les vagues intrépides...
Inutile voiture qui pourrit sur l’herbe,
Tu me fais repenser à nous, pauvres mortels!
Où allons-nous alors, sans voile vers le Ciel?
Est-ce là tout le but de cette vie superbe?