«
Si la lumière vive des journées qui passent
Eblouis ton regard et te laisse irrité,
Si les rayons perçants visiblement t’agacent
Et chassent de tes sens le peu de vérité;
Si te mêler aux foules en des champs qui s’étendent
Vient semer en ton cœur les graines de l’ennui,
Si tu ne te lies plus à ceux-là qui prétendent
Et recherches l’exil à l’orée de la nuit,
Eclipse-toi dès l’aube et délaisse les routes,
Assieds-toi sous les feuilles, plonge dans les champs,
Repose là tes bras, éclaircis tous les doutes
À l’obscurité douce du soleil couchant;
Laisse-les te cacher sous la rosée qui perle;
Demeure quelques temps aux pieds des tournesols;
Rêve dans la pénombre, entends le chant du merle,
Sommeille jusqu’au soir qui verra ton envol;
L’épouvantail qui garde ces masses fécondes
Ne verra plus ton front, à l’abri sous les fleurs;
Qu’ils tournent tous, là-haut où la lumière abonde!
Ton esprit sera libre au contraire des leurs.
Néglige cette étoile aux couleurs apparentes;
Observateur usé, prends garde à la lumière!
Retrouve tes racines à l’ombre des hélianthes
Et pousse calmement en écartant le lierre.