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Je me souviens parfois de la terrible peine
Qu’avait subi Vénus, à l’annonce soudaine
De la mort de l’amant qu’elle avait adoré:
L’enfant né de Myrrha ou bien de Métharmé.
Pour conserver en elle un souvenir vivace,
Elle fit s’élever à l’ombre du Parnasse
Un verger vert d’agrumes, d’hybrides citrons,
Aux fleurs blanches fécondes, en quelconque saison.
Et sur terre et aux cieux, ceux qui goûtent ces fruits
Diffusent le parfum des larmes d’Adonis,
Qui viennent arroser chaque pousse naissante
Et perpétrer le cycle éternel de la plante.
Cette perle dorée, symbole d’un amour,
Trône sous le soleil, en attendant le jour
Qu’une innocente main la vienne détacher
Pour libérer le goût de l’immortalité.
Et pareil à ce fruit jaune, j’attends mon heure;
Capsule impérissable, fixe je demeure,
Comme un caveau superbe à la portée pérenne
Où pourrit lentement chaque dépouille humaine;
Je ne peux libérer cette âme prisonnière;
Tels ceux du Fils de l’homme à son heure dernière,
Les clous de ce cercueil où j’ai enfoui tes yeux,
Inoxydables, froids, retiennent mes adieux.
Et les épines drues qui ornent là mes branches
Pour me défendre un peu de tes attaques franches,
Tressent cette couronne que l’on déposa
Sur le front du martyr qui ne protesta pas.
Je suis reclus, coincé sous des pensées aimantes,
Cœur fidèle pendu aux feuilles d’amarante,
Nouvelle pomme d’or qui supporta tes vices;
Décroche les attaches et vois mon sacrifice!
Puisque le sort est scellé depuis Gabbatha
Pourquoi me refuser la fin du Golgotha?
Et comme lui, là-haut, à mon tour je te crie
Demeurant suspendu : « Lama sabachthani »