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Où donc es-tu Chénier? Où donc est l’Invention?
Où se cache la Muse et ses douces notions?
Où sont passés les chants des poètes antiques,
Des trouvères anciens et des préromantiques?
Leurs voix ont disparu ainsi que notre plume,
Et, chaque jour qui passe, nos esprits s’embrument
À force d’oublier leurs belles impulsions.
Les antiennes ont passé, demeurent seuls les Noms;
Tous les enseignements que l’on garde profonds
Ne résonnent en rien dans nos têtes chargées;
Ils filent, s’entremêlent et leurs voix surannées
Criaillent vainement et tentent de survivre;
Et nous avons beau mettre en lumière les livres,
Nous n’assimilons pas ce qui fait leur renom.
Puisque les vers d’hier s’effacent peu à peu,
Rebâtissons demain à coup de petits feux,
D’étincelles jaillies des braises qui s’éteignent,
Pour enflammer les cœurs de ceux que l’on imprègne
De tout ce que la vie nous a déjà fait perdre,
Sans leur donner envie de tristement s’éperdre
Dans ce qui les entoure et sombre à petit feu.
Réveillons les espoirs! Sonnons les carillons!
Enseignons chaque mot comme autant de rayons
D’une lumière vive braquée sur demain,
Et offrons-leur nos livres et nos parchemins;
Ceux qui viendront de nous n’auront pas la parole,
Si nous ne traçons pas sur leurs cahiers d’école
Les lignes pour guider leurs mines de crayon.