«
Je disais l’autre nuit, quand nous marchions ensemble,
Qu’il est bien difficile de nous reconnaître,
De savoir qui nous sommes… Au final, il me semble
Que nous nous retrouvons bien seuls près des fenêtres
À regarder la rue et les gens qui y passent,
À déplorer le temps qui lentement efface
Ce qui nous a construit, ceux qui nous ont vu naître.
Nous jouons tous les rôles que l’on nous accorde;
Nous sommes trois personnes: fils, collègue, ami.
Nous sommes des pantins suspendus par des cordes,
Animés par les lieux où nous passons nos vies.
Faire des compromis est la base sociale,
« S’intégrer » stupéfie nos idées capitales.
Je suis bien moi dès lors que je suis dans mon lit.
Mais qui suis-je à la fin et la plupart du temps?
Je mens? Je ne vaux rien? Qu’ai-je fait de mes heures?
À quoi bon me lier si, seul, je me démens?
Mes actes sont cupides et mes mots sont des leurres;
Les amis, la famille et le travail nous brisent;
Peut-être bien qu’au fond ces mimes nous épuisent…
De plus en plus changer de costume m’écœure.
Avec toi, cependant, il y avait cette nuit;
Je parlais, tu parlais (t’entendre est une joie),
Nous étions nous; peut-être aurions-nous menti?
Nous avons tous deux joué nos rôles adéquats.
À tes côtés le temps n’est pas comme une fable,
Certes comme toujours les liens sont instables,
Mais j’aime bien celui que je suis avec toi.