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Dublin

Alexandre Vilnet · 2013 · 21e siècle
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I Je venais à Dublin pour que la pluie m’éteigne, Fasse taire ce feu qui toujours se répand, Pour que le ciel trop gris dépeigne amèrement La couleur de tes yeux dont la nuit je m’imprègne. Je pensais me gorger de cette pluie grisâtre, Effacer chaque note rosée de ta peau; Je n’avais pas prévu que le ciel serait beau, Gris-clair, blanc, bleu, voilé comme ton sein d’albâtre. Lumineux, éclatant, le temps m’est un allié; Aucun vent ne s’attarde à fermer mes paupières, Bien au contraire l’air est empli de lumière Blanche et plus douce encore que tes doux baisers. Un rouge-gorge est là posé tout près de moi, La pluie ne tombe pas sur mes épaules lourdes, Dublin ne veut pas croire, elle demeure sourde, À ma voix qui t’appelle un peu moins cette fois. Je croyais saturer mon corps d’une noirceur Plus sombre que tes yeux, plus triste que tes rires, Voilà que chaque jour je me plais à sourire Dans les rues d’une ville où je vide mon cœur. II à 18h La ville était la même qu’en mes souvenirs; La lumière, le ciel, le parfum des allées, Les cheveux roux des femmes et leurs reflets dorés, Le sentiment, l’envie de ne plus repartir. III à 20h51 J’avais prévu trois jours, je reste une semaine; Dublin me fait rêver au plus haut point je pense. Chaque heure dans ses rues est une joie immense, Chaque instant dans ses murs est un instant sans peine. C’est vrai, j’aime la ville comme mon foyer; Dublin est la maison où j’aurais voulu naître, Un nid où j’aurais pu apprendre à déployer Mes ailes dans le ciel sans la peur des fenêtres. Ces fenêtres fermées qui cernent mon passage, Ces portes condamnés par mes peurs et mon âge Dont je m’éloigne tout comme de mon bien-être. IV Je regardais couler lentement la Liffey Depuis la berge verte où j’oubliais ton nom; Près de l’eau j’entendais quelques oiseaux siffler, Une femme attachait ses jolis cheveux blonds; Elle marchait tranquille, les deux bras ballants; Elle me vit sourire et, le pas nonchalant, Continua sa route un peu de rouge au front.
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