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Je me souviens des beaux jours à battre la plaine,
En écumant les champs de maïs parsemés
De leurs crêtes fleuries, prêtes à disperser
Au dam du paysan leur fertile pollen.
Nous allions, attentifs, dès l’aube à écrêter ;
Cinq ou dix compagnons en quête de ces fleurs,
Que nous coupions d’un geste, en pensant au bonheur
Du salaire promis dès la fin de l’été.
Et nous passions le temps qui semblait éternel
Ensemble, sillonnant ces glèbes infinies,
En écartant les plants détrempés par la nuit,
Jusqu’à finir cramés par le brûlant soleil.
Parfois, parmi les feuilles, une abeille dormait
Et nous dardait la main quand nous la dérangions,
Nous laissant travailler avec appréhension,
Le mouvement fébrile et les doigts déformés.
Mais non loin de ces champs où nous usions nos bottes,
Se trouvaient quelques ruches gorgées de nectar,
Et s’envolaient soudain les souffrances des dards
Quand nous mangions le miel, à défaut de compote.
C’était notre Printemps, insouciant et rêveur ;
Aujourd’hui tout est loin, les champs, le miel, les fleurs...
À présent que j’arpente le jardin des muses,
Que je n’arrache rien, que je vais calmement,
Que j’y croise des tas de bouquets odorants,
Et que j’inhale enfin les senteurs qu’ils effusent,
Je ne redoute plus la douleur térébrante,
Mais il m’arrive encor d’être piqué parfois,
Piqué dans l’âme à lire des vers d’autrefois
Que d’autres auront laissé aux pieds des acanthes.
Et j’y ai vu les vôtres sous un arbre vert,
Plantés là, balancés par un vieil aquilon,
Sifflotant doucement comme des oisillons
Et déployant leurs fleurs pour retarder l’hiver.
Ils rayonnaient, brillants de fraîcheur éternelle,
Exhalant leur parfum de grave nostalgie ;
Je les ai lus souvent et, quand je les relis,
Mon cœur n’est plus tout seul... et je rêve aux abeilles.