«
Dedans son Testament, Villon l’a pu écrire
Parfaitement: « Qui meurt a le droit de tout dire »;
Ainsi, je parlerai, puisque je meurs sans doute,
Et je dirai tout haut ce qui a fait ma route;
J’expliquerai pourquoi j’ai fait ce que je fis,
J’éclaircirai le ciel que virent mes amis;
À travers chaque vers, chaque strophe légère,
L’horizon de mon temps s’offrira de manière
À dresser une vue, paysage sans bornes,
De ma vie déroulée dans un silence morne;
Silence politique et parfois amoureux,
Silence social puisqu’inconnu de ceux
Qui virent mon époque, et dont tant la conduite
Me dégoûta souvent et provoqua ma fuite.
Insoumis à leurs voix, qu’importe leur tournure,
Cherchant toujours ailleurs de plus belles droitures,
J’ai refusé l’appel des idées trop faciles,
Des courants de pensée, de leurs modes débiles,
Pour demeurer plus neutre ou l’extrême opposé,
Même lorsque mon cœur pu quelquefois pencher.
J’ai voulu que chacun repense ses manières,
J’ai voulu réveiller des beautés sans lumière;
Et si l’on a souri ou pleuré près de moi,
C’est qu’un instant venu j’ai pu toucher du doigt
L’âme d’un être cher, la vue d’un étranger,
La pudeur d’un esprit qui se croyait léger,
Alors, j’ai réussi ce que cherchent tant d’âmes:
J’ai su me lier un peu et transmettre la flamme
Qui brûle dans mon sein, étouffée trop souvent,
Et j’ai donné mon cœur sans retenue, vraiment.
Désormais la lecture des mots qui s’en suivent,
Apparaîtra peut-être fade ou excessive;
Selon les jours, j’ai pu écrire trop de rage
Ou d’autres fois rêver à des rimes volages,
Mais toujours j’ai suivi mon cœur en ces instants
Où la plume courrait sur le froid papier blanc;
Rarement ma nature ne chercha le mal,
Seulement pour pleurer l’injuste et le vénal,
Et plus souvent j’ai mis sur le front de mes mots
La beauté, la souffrance, et l’Amour tout en haut.