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Ô Temps, Sagesse amie, Vieillesse inévitable,
Hasard, Sort, Destinée, Nouveau-né de l’étable,
Apposez sur mon cœur un dictame divin,
Pour m’éviter encor la tentation du vin,
Pour couvrir chaque plaie que la Peur, votre fille,
A tailladé sur moi depuis que mes yeux brillent.
Vous êtes responsables du mal que j’endure,
Moi, qui n’étais que Joie dans mon enfance pure;
J’étais toujours gentil, je n’étais qu’un oiseau,
Et j’ai perdu mon père et j’ai vu les tombeaux;
J’ai vu que mon envol mènerait au Néant,
Que le nid pouvait choir d’un simple coup de vent.
J’ai vu, trop jeune encor, l’austérité des ifs
Et depuis ce jour-là je demeure pensif,
Emplein d’une douleur immarcescible et grave,
Abîmé pour jamais car du Doute l’esclave.
Je reste sur le seuil d’une triste masure;
Je n’ose pas sortir, je vois par la serrure
Que l’extérieur est grand, que loin est la frontière,
Mais que le seul chemin conduit au cimetière.
Et la route est voilée de brumes vespérales:
La marche est-elle longue ou soudaine et brutale?
Je ne veux pas quitter la si faible chaleur
Qui sort de l’âtre noir où je brûle mes fleurs,
Car une âme chantonne assise près du feu
Et je la vois sourire en tressant ses cheveux;
Elle n’a pas les peurs qui sur mon cœur s’étendent;
Ô Vieillesse, ma voix ne fait qu’une demande,
Ô Temps, maître cruel qui dévore mes jours,
Laissez auprès de moi mon seul bonheur, l’Amour.