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Vieille chanson du jeune temps

Victor Hugo · 1856 · Romantisme · 19e siècle
«
Je ne songeais pas à Rose ; Rose au bois vint avec moi ; Nous parlions de quelque chose, Mais je ne sais plus de quoi. J’étais froid comme les marbres ; Je marchais à pas distraits ; Je parlais des fleurs, des arbres ; Son œil semblait dire : « Après ? » La rosée offrait ses perles, Le taillis ses parasols ; J’allais ; j’écoutais les merles, Et Rose les rossignols. Moi, seize ans, et l’air morose ; Elle vingt ; ses yeux brillaient. Les rossignols chantaient Rose, Et les merles me sifflaient. Rose, droite sur ses hanches, Leva son beau bras tremblant Pour prendre une mûre aux branches ; Je ne vis pas son bras blanc. Une eau courait, fraîche et creuse Sur les mousses de velours ; Et la nature amoureuse Dormait dans les grands bois sourds. Rose défit sa chaussure, Et mit, d’un air ingénu, Son petit pied dans l’eau pure ; Je ne vis pas son pied nu. Je ne savais que lui dire ; Je la suivais dans le bois, La voyant parfois sourire Et soupirer quelquefois. Je ne vis qu’elle était belle Qu’en sortant des grands bois sourds. « Soit ; n’y pensons plus ! » dit-elle. Depuis, j’y pense toujours.

Notes

Recueil: Les Contemplations. Note: Les poèmes du recueil sont tous datés, mais la plupart de ces dates sont fictives et servent plus à la légende de l'œuvre. Ici: Paris, juin 1831. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54075263/f57.item

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