← Retour aux poèmes

Billet du matin

Victor Hugo · 1856 · Romantisme · 19e siècle
«
Si les liens des cœurs ne sont pas des mensonges, Oh ! dites, vous devez avoir eu de doux songes, Je n’ai fait que rêver de vous toute la nuit. Et nous nous aimions tant ! vous me disiez : — Tout fuit, Tout s’éteint, tout s’en va ; ta seule image reste. — Nous devions être morts dans ce rêve céleste ; Il semblait que c’était déjà le paradis. Oh ! oui, nous étions morts, bien sûr ; je vous le dis. Nous avions tous les deux la forme de nos âmes. Tout ce que l’un de l’autre ici-bas nous aimâmes Composait notre corps de flamme et de rayons, Et, naturellement, nous nous reconnaissions. Il nous apparaissait des visages d’aurore Qui nous disaient : C’est moi ! — la lumière sonore Chantait ; et nous étions des frissons et des voix. Vous me disiez : Écoute ! et je répondais : Vois ! Je disais : Viens-nous-en dans les profondeurs sombres ; Vivons ; c’est autrefois que nous étions des ombres. Et, mêlant nos appels et nos cris : — Viens ! oh ! viens ! — Et moi, je me rappelle, et toi, tu te souviens. — Éblouis, nous chantions : — C’est nous-mêmes qui sommes Tout ce qui nous semblait, sur la terre des hommes, Bon, juste, grand, sublime, ineffable et charmant ; Nous sommes le regard et le rayonnement ; Le sourire de l’aube et l’odeur de la rose, C’est nous ; l’astre est le nid où notre aile se pose ; Nous avons l’infini pour sphère et pour milieu, L’éternité pour l’âge ; et notre amour, c’est Dieu.

Notes

Recueil: Les Contemplations. Note: Les poèmes du recueil sont tous datés, mais la plupart de ces dates sont fictives et servent plus à la légende de l'œuvre. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54075263/f98.item

← Précédent Viens ! une flûte invisible... Suivant → Paroles dans l'ombre

Autres poèmes de Victor Hugo

A André Chénier 1856 A Granville, en 1836 1856 A M. Froment Meurice 1856 A Madame D. G. de G. 1856 A ma fille 1856 A propos d'Horace 1856 A un poète aveugle 1856 Chanson (Si vous n'avez rien à me dire) 1856 Demain, dès l'aube 1856 Eglogue 1856 Elle était déchaussée... 1856 En écoutant les oiseaux 1856 Halte en marchant 1856 Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin... 1856 Hier au soir 1856 Il faut que le poète, épris d'ombre et d'azur... 1856 Je sais bien qu'il est d'usage... 1856 L'enfance 1856 L'hirondelle au printemps... 1856 La coccinelle 1856 La fête chez Thérèse 1856 La vie aux champs 1856 Le firmament est plein de la vaste clarté... 1856 Le poème éploré se lamente... 1856 Le poëte s’en va dans les champs... 1856 Le rouet d'Omphale 1856 Les femmes sont sur la terre... 1856 Les oiseaux 1856 Lettre 1856 Lise 1856 Mes deux filles 1856 Mes vers fuiraient, doux et frêles... 1856 Mon bras pressait ta taille frêle... 1856 Nous allions au verger... 1856 Oceano Nox 1840 Oui, je suis le rêveur... 1856 Paroles dans l'ombre 1856 Premier mai 1856 Quelques mots à un autre 1856 Réponse à un acte d’accusation 1856 Sous les arbres 1856 Souvenir de la nuit du 4 1852 Suite 1856 Tu peux, comme il te plaît... 1856 Un jour je vis, debout au bord des flots... 1856 Unité 1856 Vere novo 1856 Vers 1820 1856 Vieille chanson du jeune temps 1856 Viens ! une flûte invisible... 1856