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Le rouet d'Omphale

Victor Hugo · 1856 · Romantisme · 19e siècle
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Il est dans l’atrium, le beau rouet d’ivoire. La roue agile est blanche, et la quenouille est noire ; La quenouille est d’ébène incrusté de lapis. Il est dans l’atrium sur un riche tapis. Un ouvrier d’Égine a sculpté sur la plinthe Europe, dont un dieu n’écoute pas la plainte. Le taureau blanc l’emporte. Europe, sans espoir, Crie, et baissant les yeux, s’épouvante de voir L’Océan monstrueux qui baise ses pieds roses. Des aiguilles, du fil, des boîtes demi-closes, Les laines de Milet, peintes de pourpre et d’or, Emplissent un panier près du rouet qui dort. Cependant, odieux, effroyables, énormes, Dans le fond du palais, vingt fantômes difformes, Vingt monstres tout sanglants, qu’on ne voit qu’à demi, Errent en foule autour du rouet endormi : Le lion néméen, l’hydre affreuse de Lerne, Cacus, le noir brigand de la noire caverne, Le triple Géryon, et les typhons des eaux, Qui, le soir, à grand bruit, soufflent dans les roseaux ; De la massue au front tous ont l’empreinte horrible, Et tous, sans approcher, rôdant d’un air terrible, Sur le rouet, où pend un fil souple et lié, Fixent de loin, dans l’ombre, un œil humilié.

Notes

Recueil: Les Contemplations. Note: Les poèmes du recueil sont tous datés, mais la plupart de ces dates sont fictives et servent plus à la légende de l'œuvre. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54075263/f84.item

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