«
Nina.
Ô Daphné! le joli bouquet!
Que j'aime à respirer le parfum qu’il exhale !
Vois comme de ses fleurs l'assemblage est parfait ;
Quel éclat leur panache étale…
Écoute : ce matin j’ai conduit mes moutons
Auprès des buissons d’aubépine
Qui couronnent là-bas le pied de la colline.
Une voix sortait des buissons ;
Je porte un œil furtif à-travers le feuillage…
Oh ! le cœur me battait... ma joue était en feu…
C’était... Daphné, devine un peu.
Daphné.
C’était Silvandre, je le gage.
Nina.
Tu l’as dit ; il tenait des fleurs
Dont il assortissait les diverses couleurs.
Tout en les rassemblant il disait à lui-même,
« J'offrirai mon bouquet à la brune que j’aime,
Vents ! gardez-vous de le flétrir ;
Amour ! daigne le mettre à l’abri de ton aile ;
Ne laisse auprès de lui voler que le zéphir.
Ce qu’on offre à Nina, doit être pur comme elle.
J’aime cette belle à l’œil noir.
Je l’aime, ajoutait-il, depuis cet heureux soir
Où dans le bois d’Acis nos folâtres Bergères
Foulaient d’un pied léger les naissantes fougères.
Je la vis ; ses cheveux étaient ornés de fleurs ;
Un chapeau couronnait sa tête...
Oh ! qu’elle était jolie, et de combien de cœurs
Elle dut faire la conquête !
Tous les Bergers dansaient ; victime des rebuts
Ægon seul dans un coin, désespéré, confus,
Regardait tristement la fête.
Tendre Nina ! tu l'aperçus.
Tes beaux yeux un moment se mouillèrent de larmes ;
Tu l’abordas d’un air si doux, si plein de charmes…
Nina, lui disais-tu, veut danser avec toi ;
Tu lui tendis la main, quelle fut son ivresse !
Tous nos Bergers riaient... et moi...
Et moi.... surpris... ému... je pleurai de tendresse ».
Il s’arrête à ces mots ; le bouquet était fait.
Il l'observe , il lui parle, il le baise, il soupire,
Si fier de son travail, si gai, si satisfait...
Je ne puis m’empêcher d’en rire ;
J'approche doucement, je saisis le bouquet…
Qui fut trompé ? ce fut Silvandre ;
Mais il méritait bien ce tour.
Au pied de la colline un jour
Je lui promis d'aller me rendre.
Nous devions chanter un couplet,
Mais le couplet, Daphné, le plus beau, le plus tendre
Un contretemps survint, que j’en eus de regrets !
Lamon ce bon voisin que j’aime,
Tomba malade ce jour même.
Il était seul hélas ! sans secours, sans appui.
J’allai, je veillai près de lui,
Je l’aidai dans sa peine extrême ;
Mais j’oubliai... j’en fais l’aveu,
J’oubliai le couplet, la promesse et Silvandre.
Il devait m'excuser un peu.
Le traître à mes raisons refusa de se rendre !
De l’état de Lamon je lui fis le récit,
Et j’aperçus des pleurs que malgré son dépit
Ce tableau lui faisait répandre.