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Amintas.
La terre sort de son silence,
Et sourit avec joie aux premiers feux du jour ;
La musique des airs annonce leur retour :
Partout j’entends la voix de la reconnaissance.
Je vais sur ce bâton, l’appui de mes vieux ans,
Me traîner hors de ma chaumière :
Là je contemplerai la verdure des champs,
Et le naissant éclat que répand la lumière.
Que la nature est belle, et que ce jour est pur !
Comme il s’étend déjà sur l’horizon obscur !
Les légères vapeurs que son reflet colore
Couvrent le sommet des côteaux
Et l’eau bleuâtre des ruisseaux
Qui semble au loin fumer dans l’aube faible encore.
Tous les êtres charmés élèvent leurs concerts :
Le zéphir qui murmure en caressant les plantes,
Auprès du fier bélier les brebis bondissantes,
Le Berger dans la plaine et l’oiseau dans les airs
Expriment le plaisir en mille accents divers.
De mes premiers transports, je sens naître l’ivresse :
Ô matin ! ton aspect fait palpiter mon cœur ;
Je m'échauffe aux rayons de ce feu créateur,
Et ma défaillante vieillesse
Respire avec ce frais le souffle du bonheur.
Grâce te soit rendue, ô Dieu conservateur,
Toi dont j'ai si longtemps ressenti la clémence !
Deux fois quarante hivers ont suivi ma naissance :
Ce grand âge a passé comme un jour de printemps.
Quand je parcours l'espace immense,
Qui m’offre comme un point l’aurore de mes ans,
Que je me sens ému ! dans quels ravissements
Je me rappelle encor leur douce jouissance !
D’un air contagieux, mes troupeaux ni mes champs,
N'éprouvèrent jamais la mortelle influence ;
Jamais de mon réduit n'approcha l'indigence.
Si le malheur m'a visité,
Si quelquefois mes yeux ont répandu des larmes,
Aux jours de la félicité
Ces orages légers prêtaient de nouveaux charmes.
Hélas ! Sous un ciel pur, au bord de mes ruisseaux,
J’ai vu couler ces jours, comme coulent leurs eaux ;
Je les ai vus suivis de paisibles ténèbres ;
Un sommeil bienfaisant suspendait mes travaux,
Et jamais le souci, pour troubler mon repos,
N’agita ses ailes funèbres.
Dans le cours fortuné de mes lustres nombreux,
Je ne compte aucun jour perdu pour la nature :
J’eus des amis ; je fis quelquefois des heureux ;
J'aimais, et je connus cette volupté pure
Qui nait du doux accord d’un couple vertueux.
Ô jeunesse ! ô saison dont tout m’offre l’image !
Qu’avec transport je t’envisage !
Lorsque sur mes genoux je portais mes enfants,
Qu’en me livrant comme eux aux plaisirs de leur âge,
Je me sentais pressé de leurs bras innocents,
Que je goûtais alors un bonheur sans nuage !
En voyant s'élever ces tendres arbrisseaux,
Mes yeux de l'avenir pénétraient la nuit sombre ;
Je disais, ils croîtront ; leurs utiles rameaux
Recevront ma vieillesse à l'abri de leur ombre.
J'ai joui, grâce au ciel, du fruit de mes travaux,
Et j'ai vu le succès passer mon espérance.
En rappelant les soins que j’eus de votre enfance,
De votre père un jour bénissez le repos,
Mes fils ! si je n'ai pu vous laisser l'abondance,
Je vous ai fait des cœurs à l'épreuve des maux :
Quel homme est ici-bas exempt de leurs assauts ?
Pour la première fois, quand je connus la peine,
Ce fut, ô ma Zélis ! ce jour où sur mon sein
Ton âme s'échappa comme une douce haleine,
Où le froid du trépas glaça ta faible main,
Que tu tentais encor t'attacher sur la mienne ;
Combien ce souvenir m'a fait verser de pleurs !
Mais de tous nos chagrins le temps tarit la source :
Douze fois la saison des fleurs,
Au gazon de ta tombe a mêlé ses couleurs,
Et le moment approche où doit finir ma course.
J'ai de ce terme heureux de sûrs pressentiments :
Ce soir, sur la colline où repose de ta cendre,
Je veux assembler mes enfants ;
Toi, qui me fis l'objet de tes bienfaits constants !
Au dernier de mes jours, daigne encore m'entendre ;
Ô Dieu ! fais-moi mourir dans leurs embrassements !