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Le front paré de guirlandes légères,
Je vais chanter les mœurs de l’âge d’or,
Et les amours des naïves Bergères :
Printemps du monde ! âge heureux de nos pères !
Dans mes chansons, puisses-tu naître encor !
Un autre embouchera la trompette guerrière,
Décrira le tumulte et l’horreur des combats,
Et peindra le héros tout couvert de poussière,
Lançant à ses côtés les flèches du trépas.
Loin de ma Muse, une si noire image !
Douce et timide, elle aime les vergers,
Le bruit des eaux, la fraîcheur de l’ombrage ;
Sa flûte en main, elle suis les Bergers.
Mais plus souvent, c’est Églé qui m’inspire :
Mes chants alors animés par l’Amour,
Quand je la vois tendrement me sourire,
Sont aussi doux que l’aube d’un beau jour.
Aimable enfant ! depuis que tu m’es chère,
Un plaisir pur embellit mes instants ;
Et l’avenir rayonnant de lumière,
Offre à mes yeux un éternel printemps.
Heureux le Philosophe, heureux l’homme sensible,
Jaloux de s’élancer vers l’immortalité,
Qui parcourt des beaux arts la carrière pénible,
Pour attacher un jour, sur sa cendre paisible,
Les regards satisfaits de la postérité !
Plus heureux qui, chéri de sa jeune maîtresse,
Vit dans l’indépendance et dans l’obscurité,
Qui, bercé dans les bras de la molle paresse,
Redoutant peu l’envie et la célébrité,
À l’ombre du bosquet que lui-même a planté,
Soupire quelques vers, enfants de sa tendresse,
Goûte en paix le bonheur que sa Muse a chanté,
Et couvre le sentier qui mène à la vieillesse
Des roses de l’amour et de la volupté !