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Nina.
Vois le joli Bouquet que je porte à mon sein !
Quelle douce odeur il exhale !
Qu’on a bien assorti la rose et le jasmin !
Mon bouquet est pour moi d’un prix que rien n’égale.
Aussi, je l’ai baisé souvent !…
Si tu savais, Daphné, qui m’en a fait présent !
Daphné.
Et d’où vient donc, Nina, que ce bouquet t’enchante ?
Veux-tu que je devine ?... Oh ! je suis pénétrante.
Damon disait…
Nina.
Damon !
Daphné.
Oui : tu t’émeus !
Nina.
Oh ! non ;
Je ne suis point émue… eh ! que disait Damon ?
Daphné.
Je l’entendais dire à Lisandre…
Le connais-tu, Lisandre ?
Nina.
Oui, oui, je le connais.
Daphné.
Ah ! l’aimable Berger ! je veux te faire entendre
Des couplets…
Nina.
Mais, Daphné ! si tu voulais m’apprendre…
Daphné.
Volontiers : mais d’abord, écoute ses couplets.
Nina.
Sont-ils longs ?
Daphné.
Les voici.
Nina.
Tu me fais bien attendre !
Daphné.
Je dois m’en souvenir : c’est pour moi qu’ils sont faits !
(Elle chante)
Ô ! beauté folâtre et légère !
Quelle Déesse te forma ?
Est-ce Vénus qui fut ta mère ?
Est-ce l’Amour qui t’anima ?
Comme ta brune chevelure
Relève ta vive blancheur !
As-tu besoin d’autre parure ?
L’art peut-il orner une fleur ?
Laisse-moi contempler ta bouche
Et les grâces de ton souris !
Que le Guerrier le plus farouche,
En te voyant, devienne épris !
Qu’à tes pieds, le Poète chante !
Qu’au seul mouvement de ton sein,
Il sente sa lyre tremblante
Prête à s’échapper de sa main !
Que l’avare aime sa richesse ;
Que le noble aime ses aïeux :
Va ! ton amour fait ma noblesse,
Et ma fortune est dans tes yeux.
(à Nina)
Eh bien ! de ma chanson tu dois être contente !
N’est-il pas vrai qu’elle est charmante ?
Nina.
Voilà certainement une belle chanson…
Mais je voudrais savoir ce que disait Damon.
Daphné.
Il rassemblait des fleurs au pied de la colline
Que tu vois couronné d’un buisson d’aubépine.
Pour Nina, disait-il, je veux faire un bouquet.
Ô Nina ! je t’aimai du jour que nos Bergères
Célébraient le printemps par des danses légères :
De leurs refus Thamire était l’objet,
Et pour danser tu fis choix de Thamire.
En l’abordant, je te voyais sourire
D’un air si doux, si satisfait…
Nina.
Adieu, je pars : il est dans le bosquet :
Je lui ferai le souris le plus tendre,
Et je dirai : Damon ! si tu revois Lisandre,
Dis-lui que sur mon sein j’ai placé ton bouquet.
Notes
Recueil: Idylles et poèmes champêtres.
Ce poème est une reprise grandement modifiée de l' "Idylle cinquième" de l'édition de 1766, également présente sur ce site.
Je présente ici la ponctuation de l'édition corrigée de 1782.
Note: Au vers 19 (sans compter les noms Nina/Daphné), l'édition de 1775 présente un "me" en trop; il est supprimé dans l'édition de 1782.
https://books.google.fr/books?id=Sfw5AAAAcAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
Ici l'édition de 1782 : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1087911/f23.item.texteImage