← Retour aux poèmes

Amour

Victor Hugo · 1856 · Romantisme · 19e siècle
«
Amour ! Loi, dit Jésus. Mystère, dit Platon. Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on Ce que les mains de Dieu dans l’immensité sèment ? Est-on maître d’aimer ? Pourquoi deux êtres s’aiment, Demande à l’eau qui court, demande à l’air qui fuit, Au moucheron qui vole à la flamme la nuit, Au rayon d’or qui vient baiser la grappe mûre ! Demande à ce qui chante, appelle, attend, murmure ! Demande aux nids profonds qu’avril met en émoi ! Le cœur éperdu crie : Est-ce que je sais, moi ? Cette femme a passé : je suis fou. C’est l’histoire. Ses cheveux étaient blonds, sa prunelle était noire ; En plein midi, joyeuse, une fleur au corset, Illumination du jour, elle passait ; Elle allait, la charmante, et riait, la superbe ; Ses petits pieds semblaient chuchoter avec l’herbe ; Un oiseau bleu volait dans l’air, et me parla ; Et comment voulez-vous que j’échappe à cela ? Est-ce que je sais, moi ? C’était au temps des roses ; Les arbres se disaient tout bas de douces choses ; Les ruisseaux l’ont voulu, les fleurs l’ont comploté. J’aime ! — Ô Bodin, Vouglans, Delancre ! prévôté, Bailliage, châtelet, grand’chambre, saint office, Demandez le secret de ce doux maléfice Aux vents, au frais printemps chassant l’hiver hagard, Au philtre qu’un regard boit dans l’autre regard, Au sourire qui rêve, à la voix qui caresse, À ce magicien, à cette charmeresse ! Demandez aux sentiers traîtres qui, dans les bois, Vous font recommencer les mêmes pas cent fois, À la branche de mai, cette Armide qui guette, Et fait tourner sur nous en cercle sa baguette ! Demandez à la vie, à la nature, aux cieux, Au vague enchantement des champs mystérieux ! Exorcisez le pré tentateur, l’antre, l’orme ! Faites, Cujas au poing, un bon procès en forme Aux sources dont le cœur écoute les sanglots, Au soupir éternel des forêts et des flots. Dressez procès-verbal contre les pâquerettes Qui laissent les bourdons froisser leurs collerettes ; Instrumentez ; tonnez. Prouvez que deux amants Livraient leur âme aux fleurs, aux bois, aux lacs dormants, Et qu’ils ont fait un pacte avec la lune sombre, Avec l’illusion, l’espérance aux yeux d’ombre, Et l’extase chantant des hymnes inconnus, Et qu’ils allaient tous deux, dès que brillait Vénus, Sur l’herbe que la brise agite par bouffées, Danser au bleu sabbat de ces nocturnes fées, Éperdus, possédés d’un adorable ennui, Elle n’étant plus elle et lui n’étant plus lui ! Quoi ! nous sommes encore aux temps où la Tournelle, Déclarant la magie impie et criminelle, Lui dressait un bûcher par arrêt de la cour, Et le dernier sorcier qu’on brûle, c’est l’Amour !

Notes

Recueil: Les Contemplations. Note: Les poèmes du recueil sont tous datés, mais la plupart de ces dates sont fictives et servent plus à la légende de l'œuvre. Ici: Juillet 1843. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k54075263/f149.item

← Précédent Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans... Suivant → ?

Autres poèmes de Victor Hugo

? 1856 A André Chénier 1856 A Granville, en 1836 1856 A M. Froment Meurice 1856 A Madame D. G. de G. 1856 A la mère de l'enfant mort 1856 A ma fille 1856 A propos d'Horace 1856 A un poète aveugle 1856 Aimons toujours!... 1856 Après l'hiver 1856 Billet du matin 1856 Chanson (Si vous n'avez rien à me dire) 1856 Crépuscule 1856 Demain, dès l'aube 1856 Ecrit au bas d’un crucifix 1856 Ecrit sur un exemplaire de la Divina Commedia 1856 Eglogue 1856 Elle était déchaussée... 1856 En écoutant les oiseaux 1856 Epitaphe 1856 Explication 1856 Halte en marchant 1856 Heureux l'homme, occupé de l'éternel destin... 1856 Hier au soir 1856 Il fait froid 1856 Il faut que le poète, épris d'ombre et d'azur... 1856 Il lui disait : Vois-tu... 1856 Je lisais. Que lisais-je? 1856 Je respire où tu palpites... 1856 Je sais bien qu'il est d'usage... 1856 Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans... 1856 L'enfance 1856 L'hirondelle au printemps... 1856 La chouette 1856 La coccinelle 1856 La fête chez Thérèse 1856 La nichée sous le portail 1856 La source 1856 La statue 1856 La vie aux champs 1856 Le firmament est plein de la vaste clarté... 1856 Le maître d'études 1856 Le poème éploré se lamente... 1856 Le poëte s’en va dans les champs... 1856 Le rouet d'Omphale 1856 Les femmes sont sur la terre... 1856 Les oiseaux 1856 Lettre 1856 Lise 1856 Mes deux filles 1856 Mes vers fuiraient, doux et frêles... 1856 Mon bras pressait ta taille frêle... 1856 Mélancholia 1856 N'envions rien 1856 Nous allions au verger... 1856 Oceano Nox 1840 Oui, je suis le rêveur... 1856 Paroles dans l'ombre 1856 Premier mai 1856 Que le sort, quel qu'il soit... 1856 Quelques mots à un autre 1856 Quia pulvis es 1856 Réponse à un acte d’accusation 1856 Saturne 1856 Sous les arbres 1856 Souvenir de la nuit du 4 1852 Suite 1856 Tu peux, comme il te plaît... 1856 Un jour je vis, debout au bord des flots... 1856 Un soir que je regardais le ciel 1856 Unité 1856 Vere novo 1856 Vers 1820 1856 Vieille chanson du jeune temps 1856 Viens ! une flûte invisible... 1856