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A la mère de l'enfant mort

Victor Hugo · 1856 · Romantisme · 19e siècle
«
Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange Qu’il est d’autres anges là-haut, Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change, Qu’il est doux d’y rentrer bientôt ; Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres, Une tente aux riches couleurs, Un jardin bleu rempli de lys qui sont des astres Et d’étoiles qui sont des fleurs ; Que c’est un lieu joyeux plus qu’on ne saurait dire, Où toujours, se laissant charmer, On a les chérubins pour jouer et pour rire, Et le bon Dieu pour nous aimer ; Qu’il est doux d’être un cœur qui brûle comme un cierge, Et de vivre, en toute saison, Près de l’enfant Jésus et de la Sainte Vierge Dans une si belle maison ! Et puis vous n’aurez pas assez dit, pauvre mère, À ce fils si frêle et si doux, Que vous étiez à lui dans cette vie amère, Mais aussi qu’il était à vous ; Que, tant qu’on est petit, la mère sur nous veille, Mais que plus tard on la défend ; Et qu’elle aura besoin, quand elle sera vieille, D’un homme qui soit son enfant ; Vous n’aurez point assez dit à cette jeune âme Que Dieu veut qu’on reste ici-bas, La femme guidant l’homme et l’homme aidant la femme, Pour les douleurs et les combats ; Si bien qu’un jour, ô deuil ! irréparable perte ! Le doux être s’en est allé !… — Hélas ! vous avez donc laissé la cage ouverte, Que votre oiseau s’est envolé !

Notes

Recueil: Les Contemplations. Note: Les poèmes du recueil sont tous datés, mais la plupart de ces dates sont fictives et servent plus à la légende de l'œuvre; ici: Avril 1843. https://archive.org/details/lescontemplation00hugouoft/page/162/mode/2up

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