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La nue

Théophile Gautier · 1866 · Parnasse · 19e siècle
«
A l'horizon monte une nue, Sculptant sa forme dans l'azur : On dirait une vierge nue Emergeant d'un lac au flot pur. Debout dans sa conque nacrée, Elle vogue sur le bleu clair, Comme une Aphrodite éthérée, Faite de l'écume de l'air. On voit onder en molles poses Son torse au contour incertain, Et l'aurore répand des roses Sur son épaule de satin. Ses blancheurs de marbre et de neige Se fondent amoureusement Comme, au clair-obscur du Corrège, Le corps d'Antiope dormant. Elle plane dans la lumière Plus haut que l'Alpe ou l'Apennin ; Reflet de la beauté première, Soeur de " l'éternel féminin ". A son corps, en vain retenue, Sur l'aile de la passion, Mon âme vole à cette nue Et l'embrasse comme Ixion. La raison dit : " Vague fumée, Où l'on croit voir ce qu'on rêva, Ombre au gré du vent déformée, Bulle qui crève et qui s'en va ? " Le sentiment répond : " Qu'importe ! Qu'est-ce après tout que la beauté, Spectre charmant qu'un souffle emporte Et qui n'est rien, ayant été ! " A l'Idéal ouvre ton âme ; Mets dans ton cœur beaucoup de ciel, Aime une nue, aime une femme, Mais aime ! - C'est l'essentiel ! "

Notes

Recueil: Émaux et Camées. Première publication dans la Revue du XIXème siècle, le 1er juin 1866. Note: La ponctuation de ce poème correspond à celle de l'édition définitive de 1872 (revue en 1981). Variantes: Strophe 1, vers 1: A l'horizon monte la nue. 3-1: Elle assouplit en molles poses. 4-3et4: Dans ce clair-obscur du Corrège, Suave(ou Argenté) comme un jour dormant. 7-1: La raison dit: "Creuse fumée.

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