← Retour aux poèmes

Ah! si la Muse était tant soit peu fée...

Louise Ackermann · 1855 · 19e siècle
«
Ah! si la Muse était tant soit peu fée, Chanter, vraiment, serait emploi des dieux ; Point ne pourrait le plus petit Orphée La bouche ouvrir, qu'on ne vît de tous lieux Gens s'empresser; rime ferait merveille, Et sous nos pas la foule tout oreille Ramasserait les miettes de nos vers. Ainsi n'en va. Pour les chanteurs qu'attire La Muse au fond de ses bosquets déserts Les temps sont durs ; de l'aveu de la lyre, Ce charme a fui qui lui livrait les cœurs. Dans mes loisirs j'ai donc à la légère Rimé ceci, ne comptant point ou guère Que mes accords offriront des douceurs Vous agréant ; pas moins ne m'en enchante Un art divin, car si vers ont pour vous Attraits perdus, pour celui qui les chante Il leur en reste encore et des plus doux. De frais atours et fleurs de poésie Ces miens récits parer à ma façon, Dans ses sentiers suivre la fantaisie, Chemin faisant répéter sa chanson, Amours décents prendre pour camarades, Les égayer à mes propos divers, Trouver parfois au beau détour d'un vers Un joli mot qui me fait des œillades, N'est-ce plaisir? Quand pousse ses roulades Le rossignol au sein des bois aimés, Demande-t-il si ses voisins charmés L'écouteront en ces vertes demeures? Ainsi que lui, pour moi seul, à mes heures, Je vais chantant, mais très-bas toutefois. Plus haut qu'un conte il n'est sûr à ma voix De se lancer ; aussi bien se tient-elle A ces récits ; même il se peut parfois Qu'en mou chant simple une note rappelle Quelque vieux maître, et plût à Dieu, vraiment, Que cela fût, car cela serait charme. Depuis longtemps il n'est rire ni larme Qui soient nouveaux sous notre firmament. Redite, hélas ! et regazouillement, C'est tout notre œuvre, et qui rime s'expose A faire entendre accents déjà connus ; Heureux encor, parmi les tard venus, Ceux dont le chant ressemble à quelque chose.

Notes

Recueil: Contes (1855). Note: Dans l'édition de 1863, plusieurs variantes: Vers 5: "Courir les gens. Oui, nous ferions merveille". Vers 8: "Il n'en va point ainsi. Pour ceux qu'attire". Vers 17: "N'ont plus d'attraits, pour celui qui les chante". Vers 43: "A faire ouïr des sons déjà connus". https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5705859m/f14.item

← Précédent Paris Suivant → Savitri

Autres poèmes de Louise Ackermann

A Alfred de Musset 1863 A la comète de 1861 1863 A madame E... 1859 Adieux à la poésie 1835 Deux vers d'Alcée 1863 Deux âmes 1863 Endymion 1863 Epilogue (Sous mes oliviers...) 1853 Epilogue (Sur le départ...) 1855 Hébé 1863 In memoriam 1863 L'Hyménée et l'Amour 1863 L'abeille 1863 L'entrevue nocturne 1855 L'ermite 1855 La coupe du roi de Thulé 1863 La fée au voile 1863 La lampe d'Héro 1863 La lyre d'Orphée 1863 La rose 1863 Le chasseur malheureux 1855 Le coffre et le brahmane 1863 Le fantôme 1863 Le filleul de la mort 1859 Le perroquet 1855 Les malheureux 1863 Pensées diverses (I) 1863 Pensées diverses (II) 1863 Pensées diverses (III) 1863 Pensées diverses (IV) 1863 Pensées diverses (IX) 1863 Pensées diverses (V) 1863 Pensées diverses (VI) 1863 Pensées diverses (VII) 1863 Pensées diverses (VIII) 1863 Pensées diverses (X) 1863 Pensées diverses (XI) 1861 Sakountala 1855 Satan 1874 Savitri 1855 Un autre coeur 1863