← Retour aux poèmes

In memoriam

Louise Ackermann · 1863 · 19e siècle
«
I J'aime à changer de cieux, de climat, de lumière. Oiseau d'une saison, je fuis avec l'été, Et mon vol inconstant va du rivage austère Au rivage enchanté. Mais qu'à jamais le vent bien loin du bord m'emporte Où j'ai dans d'autres temps suivi des pas chéris, Et qu'aujourd'hui déjà ma félicité morte Jonche de ses débris ! Combien ce lieu m'a plu ! non pas que j'eusse encore Vu le ciel y briller sous un soleil pâli ; L'amour qui dans mon âme enfin venait d'éclore L'avait seul embelli. Hélas! avec l'amour ont disparu ses charmes ; Et sous ces grands sapins, au bord des lacs brumeux, Je verrais se lever comme un fantôme en larmes L'ombre des jours heureux. Oui, pour moi tout est plein sur cette froide plage De la présence chère et du regard aimé, Plein de la voix connue et de la douce image Dont j'eus le cœur charmé. Comment pourrais-je encor, désolée et pieuse, Par les mêmes sentiers traîner ce cœur meurtri, Seule où nous étions deux, triste où j'étais joyeuse, Pleurante où j'ai souri? II Ciel pur dont la douceur et l'éclat sont les charmes, Monts blanchis, golfe calme aux contours gracieux, Votre splendeur m'attriste, et souvent à mes yeux Votre divin sourire a fait monter les larmes. Du compagnon chéri que m'a pris le tombeau Le souvenir lointain me suit sur ce rivage. Souvent je me reproche, ô soleil sans nuage ! Lorsqu'il ne te voit plus, de t'y trouver si beau. III Au pied des monts voici ma colline abritée, Mes figuiers, ma maison, Le vallon toujours vert et la mer argentée Qui m'ouvre l'horizon. Pour la première fois sur cette heureuse plage, Le cœur tout éperdu, Quand j'abordai, c'était après un grand naufrage, Où j'avais tout perdu. Déjà, depuis ce temps de deuil et de détresse, J'ai vu bien des saisons Courir sur ces coteaux que la brise caresse, Et parer leurs buissons. Si rien n'a refleuri, ni le présent sans charmes, Ni l'avenir brisé, Du moins mon pauvre cœur, fatigué de mes larmes, Mon cœur s'est apaisé ; Et je puis, sous ce ciel que l'oranger parfume Et qui sourit toujours, Rêver aux temps aimés, et voir sans amertume Naître et mourir les jours.

Notes

Recueil: Contes et poésies (1863). Note: Chaque partie de ce poème est datée ainsi: Painswick. Glocestershire, août 1850 - Nice, mai 1851 - Nice, mai 1852. https://archive.org/details/contesetposies02ackegoog/page/n251/mode/2up

← Précédent La naïade Suivant → A Alfred de Musset

Autres poèmes de Louise Ackermann

A Alfred de Musset 1863 A la comète de 1861 1863 A madame E... 1859 Adieux à la poésie 1835 Ah! si la Muse était tant soit peu fée... 1855 Deux vers d'Alcée 1863 Deux âmes 1863 Endymion 1863 Epilogue (Sous mes oliviers...) 1853 Epilogue (Sur le départ...) 1855 Hébé 1863 L'Hyménée et l'Amour 1863 L'abeille 1863 L'entrevue nocturne 1855 L'ermite 1855 La coupe du roi de Thulé 1863 La fée au voile 1863 La lampe d'Héro 1863 La lyre d'Orphée 1863 La rose 1863 Le chasseur malheureux 1855 Le coffre et le brahmane 1863 Le fantôme 1863 Le filleul de la mort 1859 Le perroquet 1855 Les malheureux 1863 Pensées diverses (I) 1863 Pensées diverses (II) 1863 Pensées diverses (III) 1863 Pensées diverses (IV) 1863 Pensées diverses (IX) 1863 Pensées diverses (V) 1863 Pensées diverses (VI) 1863 Pensées diverses (VII) 1863 Pensées diverses (VIII) 1863 Pensées diverses (X) 1863 Pensées diverses (XI) 1861 Sakountala 1855 Satan 1874 Savitri 1855 Un autre coeur 1863