«
C’est la tristesse à l’âme, à l’esprit, dans le cœur ;
C’est enfin pénétré d’une grande douleur
Que je vais essayer d’écrire quelques lignes
Pour l’homme dont les jours furent jadis insignes.
Ah ! que n’a-t-il vécu constamment avec eux
Au soleil des honneurs ! – Était-il un heureux
Plus fêté, plus aimé, quoique entouré d’Envie,
Qui vous signe un brevet de gloire, avec sa lie…
Ce nom – VICTOR HUGO – n’allait-il pas entier
Frapper tous les regards, même ceux du banquier ?
Étoile permanente au Théâtre, en la rue,
Descendant sur la terre et regagnant la nue…
Ayant pour son berceau – la France, – diamant
Des autres nations, dans Elle se mirant.
Fallait-il à ce front du fatras politique
Pour le charger, hélas ! d’un fardeau rachitique,
À côté des splendeurs et d’un puissant essor
De sa lyre aux sons purs, – de ses couronnes d’or ?...
N’avait-il pas un peuple, un empire, un royaume
Auxquels il répandait, distribuait le baume
De ses vastes écrits, gracieux, doux, brûlants,
Graves, religieux, et toujours des géants ?
Son sceptre était tout d’art, majestueux, sublime ;
Tout lui venait du ciel, la raison et la rime ;
Et voilà que ce sceptre, en un chemin si beau,
S’arrête à la Tribune et s’en fait un tombeau !
. . . . . . . . .
Eh quoi ! c’est toi, poète aux accents si suaves,
Dont la muse chantant n’a pas connu d’entraves
Pour rendre tes pensées de noblesse et d’amour,
Parlant à tous les cœurs comme l’éclat du Jour,
Rayons éblouissants chassant toutes les ombres,
Espoirs consolateurs en étant parfois sombres…
Est-ce toi, la grandeur du Génie en exil,
Qui veux souffler partout ces mots : existe-t-il
Existe-t-il encore ?... Oh ! c’est ce dont on doute ;
Oui, c’est ce qu’on demande au passé de ta route,
Et même à ton présent de malheur, d’abandon…
Ne saurais-tu souffrir en homme de pardon,
Résigné, magnanime au milieu de ta gloire,
Criant à ton pays : « Je m’incline ! Victoire !
« Ô soldats ! les premiers braves de l’Univers,
« Mon cœur battant pour vous va m’inspirer des vers !
« Mort à l’Ambition, au Dépit, à la Haine !
« Des maux d’éloignement je ne sens plus la chaîne…
« Je me trouve avec vous brillant de vos succès,
« Et je grandis encore à notre nom Français !
« Oh ! NATION, PATRIE ! oh ! la belle parole !
« Toute autre expression est sans force et s’envole… »
Mais au lieu de cela, Poète, qu’as-tu dit ?
Tes élans ont été ceux d’un pauvre maudit ;
Ta lave ruisselante a coulé sans mesure,
Et t’a sillonné seul d’une immense blessure !!!
. . . . . . . . .
Reviens à toi, Poète, il n’est jamais trop tard,
S’il est humble et contrit, pour qu’on pardonne à l’Art.
Ne laisse pas penser que, dans ta tête ardente,
Il n’est plus pour ta voix qu’une mortelle pente
Par où tu descendrais encore un peu plus bas…
Reviens, relève-toi… ne sonne plus ton glas !
Oui, confesse et avoue, en âme et conscience,
Que tu ne voulais pas insulter à la France…
Qu’un infernal esprit te guidait un instant,
Mais qu’à l’aide de Dieu tu fuis l’enivrement
De plus longues erreurs, du plus affreux blasphème ;
Oui, tu voudras bientôt redevenir toi-même !
Et tu ne diras pas à Chacun attristé :
« Je suis d’un grand Renom le Fils déshérité ! »