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A un génie égaré

Xavier Forneret · 1860 · Romantisme · 19e siècle
«
C’est la tristesse à l’âme, à l’esprit, dans le cœur ; C’est enfin pénétré d’une grande douleur Que je vais essayer d’écrire quelques lignes Pour l’homme dont les jours furent jadis insignes. Ah ! que n’a-t-il vécu constamment avec eux Au soleil des honneurs ! – Était-il un heureux Plus fêté, plus aimé, quoique entouré d’Envie, Qui vous signe un brevet de gloire, avec sa lie… Ce nom – VICTOR HUGO – n’allait-il pas entier Frapper tous les regards, même ceux du banquier ? Étoile permanente au Théâtre, en la rue, Descendant sur la terre et regagnant la nue… Ayant pour son berceau – la France, – diamant Des autres nations, dans Elle se mirant. Fallait-il à ce front du fatras politique Pour le charger, hélas ! d’un fardeau rachitique, À côté des splendeurs et d’un puissant essor De sa lyre aux sons purs, – de ses couronnes d’or ?... N’avait-il pas un peuple, un empire, un royaume Auxquels il répandait, distribuait le baume De ses vastes écrits, gracieux, doux, brûlants, Graves, religieux, et toujours des géants ? Son sceptre était tout d’art, majestueux, sublime ; Tout lui venait du ciel, la raison et la rime ; Et voilà que ce sceptre, en un chemin si beau, S’arrête à la Tribune et s’en fait un tombeau ! . . . . . . . . . Eh quoi ! c’est toi, poète aux accents si suaves, Dont la muse chantant n’a pas connu d’entraves Pour rendre tes pensées de noblesse et d’amour, Parlant à tous les cœurs comme l’éclat du Jour, Rayons éblouissants chassant toutes les ombres, Espoirs consolateurs en étant parfois sombres… Est-ce toi, la grandeur du Génie en exil, Qui veux souffler partout ces mots : existe-t-il Existe-t-il encore ?... Oh ! c’est ce dont on doute ; Oui, c’est ce qu’on demande au passé de ta route, Et même à ton présent de malheur, d’abandon… Ne saurais-tu souffrir en homme de pardon, Résigné, magnanime au milieu de ta gloire, Criant à ton pays : « Je m’incline ! Victoire ! « Ô soldats ! les premiers braves de l’Univers, « Mon cœur battant pour vous va m’inspirer des vers ! « Mort à l’Ambition, au Dépit, à la Haine ! « Des maux d’éloignement je ne sens plus la chaîne… « Je me trouve avec vous brillant de vos succès, « Et je grandis encore à notre nom Français ! « Oh ! NATION, PATRIE ! oh ! la belle parole ! « Toute autre expression est sans force et s’envole… » Mais au lieu de cela, Poète, qu’as-tu dit ? Tes élans ont été ceux d’un pauvre maudit ; Ta lave ruisselante a coulé sans mesure, Et t’a sillonné seul d’une immense blessure !!! . . . . . . . . . Reviens à toi, Poète, il n’est jamais trop tard, S’il est humble et contrit, pour qu’on pardonne à l’Art. Ne laisse pas penser que, dans ta tête ardente, Il n’est plus pour ta voix qu’une mortelle pente Par où tu descendrais encore un peu plus bas… Reviens, relève-toi… ne sonne plus ton glas ! Oui, confesse et avoue, en âme et conscience, Que tu ne voulais pas insulter à la France… Qu’un infernal esprit te guidait un instant, Mais qu’à l’aide de Dieu tu fuis l’enivrement De plus longues erreurs, du plus affreux blasphème ; Oui, tu voudras bientôt redevenir toi-même ! Et tu ne diras pas à Chacun attristé : « Je suis d’un grand Renom le Fils déshérité ! »

Notes

Recueil: Ombres de poésie.

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