«
Salut, ô fleur des champs, je t'aime
Caressante ainsi que le Jour ;
Tu vis et tu meurs par toi-même...
Et ton parfum est tout d'amour.
Modeste en éclat, quand on foule
Tes couleurs qui viennent de Dieu,
La rosée en la nuit te coule
De quoi relever ton doux feu.
Dédaignant le jardin superbe
De ta sœur parée avec soin,
Ton trône à toi, c'est un peu d'herbe
Dont souvent tu n'as pas besoin.
Salut, etc.
Tu croîs aussi parmi la vie
Que le ciel donne au Laboureur ;
Et quand pour te prendre on se plie,
C'est l'enfant ou l'amour d'un cœur.
Souris à Pureté, Constance,
Au lieu de déplorer ton sort...
Réjouis l'amour et l'Enfance ;
Mourir pour eux, c'est belle mort !
Salut, etc.
Tu touches l'Oiseau la première
Dans les champs et dans les buissons,
Et puis du Soleil la lumière
Répand sur toi ses chauds rayons.
L'orage, avec sa voix grondeuse,
Te tourmente sans te briser...
Tu dis : « Je ne suis pas peureuse,
« Car, sans orgueil, je sais prier! »
Salut, ô fleur des champs, je t'aime !
Caressante ainsi que le Jour,
Tu vis et tu meurs par toi-même,
Et ton parfum est tout d'amour !