«
C’est une grande chose à dire, que la Guerre,
Car elle a son destin, son éclat, son mystère…
C’est un géant affreux aux superbes horreurs
Qui fait trembler le monde et palpiter les cœurs.
C’est l’effroi des maisons et de la mère en larmes,
Que ce cri répété : « Patriotes, aux armes !
« Le pays vous attend au glorieux sentier,
« Et vous le prendrez tous à l’ombre du laurier !
« Ne songez plus aux mots si doux de la famille,
« Un drapeau s’est levé sur l’horizon qui brille…
« Marchez, soldats, marchez !… Vous êtes déjà grands,
« Puisque du nom français vous êtes les enfants. »
. . . . . . . . . . .
Depuis longtemps déjà, la patrie était morte
Au bruit du feu de poudre…, au canon qui le porte.
L’honneur national dormait d’un lourd sommeil
Qu’on avait accepté comme un voile au soleil ;
Paix à tout prix, fardeau qu’un homme très-habile
Faisait léger pour ceux dont l’esprit froid, débile,
Se souciait fort peu des aigles d’autrefois,
Qui becquetaient partout la couronne des rois.
La crasse des écus, ce fruit d’or de l’avare.
Reluisait ou sonnait chaque jour la fanfare
D’un peu plus d’égoïsme ou de corruption…
Tels étaient les soldats sans cesse en faction
Pour garder et défendre, au péril de leurs veines,
Le meilleur du sang juif, caisses et poches pleines
. . . . . . . . . . . .
Si les boulets chaumaient dans tous nos arsenaux,
Avant Quarante-huit, nous avions des journaux,
Qui suffisaient à peine à marquer la mitraille
Qui se débitait, rude, en un champ de bataille
Où les lutteurs donnaient, par de superbes mots,
De l’oreille aux plus sourds, – des idées aux plus sots ; –
C’était un cliquetis d’armes de fantaisie,
Éblouissant de lustre, – imitant l’énergie ;
Miroir tantôt limpide et tantôt maculé,
Langage magnifique, ou quelquefois hurlé,
– Tumulte inconvenant, – religieux silence. –
Les passions entraient trop dans cette balance, –
Où le calme aurait dû, majestueusement,
Sans nuire à l’orateur, être un enseignement,
Pour qu’on ne pût pas dire, en écoutant la Chambre :
– Qui revêt donc la loi ? – Des valets antichambre.
. . . . . . . . . . . .
La poussière planait aux célèbres discours,
(Poussière d’or vraiment) ; mais enfin, de nos jours,
Qui ne sent pas peser la cruelle massue
De l’oubli, ce fantôme invisible et qui tue,
Sur tant de grands efforts ou d’éclats de l’esprit,
Bien souvent attristé de ces deux mots : (On rit :)
En résumé, voilà ce qu’indiquait la France :
Le Néant au dehors, – au-dedans, la Jactance. –
Un trône entre cela, pouvait-il se tenir.
Mais avant de se rompre il devait se ternir.
Tout se minait alors, tout s’affaissait dans l’ombre…
Si les yeux souriaient, la pensée était sombre…
On sentait quelque chose en la rue, au palais,
Comme un fou qui s’endort et reprend un accès,
Sans nul frein cette fois, car le sommeil repose
Et fait naître un élan qui brise ou fer ou rose…
Février s’approchait, et, sans être annoncé,
Le sourd se mit à battre… Et tout fut effacé !
. . . . . . . . . . . .
Au milieu du chaos des affaires croulantes,
Le Peuple était debout… ses paroles brûlantes
Criaient toujours ceci : « Homme ! sois noble et grand ;
« Respecte le vieillard, la femme et son enfant !
« Point de pillage, amis !... et pas d’actions lâches !...
« Sur le sang répandu ne faisons point de taches…
« Et si quelque Vandale arrivait parmi nous,
« Qu’il s’éloigne en lépreux… nous repoussons tous !
« Nous ne souffrirons pas qu’on dise dans l’histoire :
« Ils étaient tous d’accord pour souiller leur victoire !
« Frapper, anéantir… Le temps ! l’Art outragé !
« Non, ce n’est point ainsi qu’on se trouve vengé,
« Mais plutôt, par ces mots d’exemple qu’on déroule :
« À l’échafaud du Peuple un Trône tombe et croule !... »
. . . . . . . . . . . .
C’est malheureux, hélas ! que de chaleureux cœurs,
Aux instincts généreux, mais aux pensers rêveurs,
Montrent un fond de ciel au cadre de la terre,
Promettent la richesse, suppriment la misère ;
Tout déborde en leur âme et rien ne peut manquer :…
La face du Présent ne plus se masquer…
L’enthousiasme est là, qui leur fait perdre haleine,
Et le sillon du beau ne trace plus de peine !
Affectueux grands cœurs, infortunés esprits,
Que le Réveil vous vient, n’en soyez point surpris ;
Vous avez trop bercé d’espérance impossible
Ceux dont la haine vit, implacable, impassible…
Honneur, malheur à vous ! car l’ingrat vous a fait,
Pour votre récompense, un crime d’un bienfait.
Allez en paix, allez, et jusque dans la tombe
Vous aurez des clartés de lumineuses bombes.
. . . . . . . . . . . .
Que dire qu’on ne sache, – et de ces charlatans
Qui songeaient aux trésors pour se vautrer dedans, –
Et de ces nullités qui demandaient l’Étoile,
Lorsqu’ils n’avaient joué que derrière la toile ?
Pitié pour eux, pitié ! Roue inutile au char,
Il faut en rire, hélas ! comme d’un cauchemar ;
Rayons ces braves gens, tout en signant leur feuille
Pour marcher vers l’oubli !... Prions Dieu qu’il le veuille !
Que la Force et le Droit, de leurs puissantes mains,
Aient la protection du Géant pour les Nains.
. . . . . . . . . . . .
Nous touchions derechef à cette république,
Ce fruit constamment vert pour la bouche publique ;
Nouvel essai tombé de l’arbre de l’Espoir,
Comme un poisson d’avril pris au grand réservoir…
Amusement d’un jour à la nouvelle année,
Jouet pour les enfants, rose bientôt fanée… –
Pourquoi ? – Parce qu’il faut, avant tout, UN VRAI BRAS,
Travaillant sans se plaindre, et qui NE PRENNE PAS ;
Soutenant son semblable et n’enviant au monde
Que de veiller en frère à la Machine ronde,
Pour qu’elle tourne à bien dans un centre voulu,
Permis par la Raison, sans l’Égal absolu.
. . . . . . . . . . . .
Alors, quelques instants, vécut la Présidence
D’un homme au nom célèbre, acclamé par la France ;
Mais cet homme, à la fin, las de vaines clameurs,
Sans la Stabilité, qui disant : – Je me meurs, –
Cet homme, disons-nous, prit une rêne ferme,
Et brida les Méchants que le pays renferme,
Pour, plus tard, envers eux, être le plus clément,
Et mieux asseoir ainsi tout son gouvernement.
Les Bons furent sauvés, rassurés… Sa justice
Étendit son regard, et profond et propice,
Regard qui fit comprendre à notre nation
Qu’un Destin attendait dans une élection,
L’évènement complet d’un sérieux empire
Qui brisât à jamais le règne de vampire
Qu’on nomme inquiétude ou fièvre d’un pays,
Ne sachant ce qu’il a dans ses vœux désunis.
Spectre toujours errant de l’ombre à la lumière,
Visitant, effrayant la ville et la chaumière !
Oui, ce vampire-là, il fallait l’arrêter,
L’adoucir fermement, sans trop le maltraiter ;
C’est ce que fit un jour un homme de génie,
Par ces mots : Citoyens, ma Mère est la Patrie !
. . . . . . . . . . . .
Le neveu du PREMIER, je l’avais méconnu ;
Mais de ce triste écart je suis bien revenu.
Il me pardonnera comme un grand cœur pardonne,
Comme fera toujours une auguste personne.
Honteux, autant que fier, d’avouer mon erreur,
Ma franchise n’est point parente de la peur ;
Jamais je ne voudrai grossir un certain nombre : –
Ceux qui nient le soleil, et qui ne sont qu’une ombre.
. . . . . . . . . . . . . .
La Guerre s’est montrée ardente à l’univers…
Salut à son départ, sans craindre ses revers !
La France, ses alliés, possèdent la bravoure,
Et reviennent de lieux que la victoire entoure…
Paix à tous les soldats morts à Sébastopol !
Vers un autre avenir, l’aigle a repris son vol…
L’ENFANT DE FRANCE est né !... C’est par lui qu’à la face,
L’Anarchie a reçu son dernier coup de grâce.
– Mai 1856 –