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Que j’aime à voir l’église avec sa pauvre chaire,
Avec ses bancs de bois, ses cierges en fer blanc,
Un simple bénitier, – enfin la chose austère,
Faux argent et faux or, mais, au milieu, cœur franc.
Que j’aime à voir, aussi, la corde dans l’église
Allant trouver la cloche et la faire sonner !
À ses humbles accents, l’âme se sent éprise
Pour mieux bénir le Ciel, prier et pardonner.
Eh ! oui, nous l’avouons, à notre sens, l’Hostie
Se prend plus saintement sur un linge grossier ;
Arrière la dentelle, arrière broderie
Qui parle aux yeux d’abord, et qu’on ose envier.
Ce tabernacle en pierre, et puis, ces croix modestes
Sont un emblème pur du Dieu compatissant…
Ces couronnes de fleurs venant de lieux agrestes
Sont mieux le vrai parfum de vie et de néant.
Il n’est pas jusqu’au seuil de la porte d’entrée
Qui ne sourie au cœur par son aspect usé,
Par ses fentes montrant l’herbe verte et fanée
Sous les rustiques pas du pied qui l’a creusé.
Puis, parmi tout cela, ne voit-on pas le prêtre
Qui, la soutane vieille ainsi que ses cheveux,
Fervent, agenouillé, ne laisse rien paraître
Que les élans muets du bon religieux ?
Il aurait pu partir, quitter son presbytère
Où souvent il reçut la proposition
D’un plus riche avenir… – Mais cet excellent père
Répond que sa paroisse est son ambition ;
Que ses pauvres, ici, sont des pauvres qu’il aime,
Qu’il aide avec bonheur, et depuis si longtemps,
Qu’il semblerait alors, qu’ailleurs faire de même,
Ce serait bien aussi, mais plus pour ses enfants.
Nous généralisons, certes, dans nos paroles ;
Nous ne voulons pas dire aux prêtres du hameau :
Le Pauvre n’aurait rien, si n’étaient vos oboles,
Et louange exclusive au pays de l’ormeau.
Mais l’ostentation, mais cette mise en scène,
Ces décors de spectacle, enfin la vanité, –
Semblent être une fausse et misérable chaîne –
Pour relier la Terre avec l’Éternité.
Oui, nous le répétons, ces richesses du monde
Jonchant certains autels, ne sont que de l’hébreu
Pour le divin séjour, – dérision profonde… –
L’Église de village est le vrai mot à Dieu.