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A l’Empereur mort

Xavier Forneret · 1853 · Romantisme · 19e siècle
«
J'aime à me rappeler tous mes instants d'Enfance, J'aime les embrasser du profond de mon cœur ; J'aime à me souvenir, qu'en ce temps-là la France Avait encore en elle un immense Empereur. Mais alors, le petit brin d'herbe de mon âge Ne pouvait mesurer le chêne des combats, Le père du Canon, le lion du Courage, L'étoile de l'Honneur aux si brûlants éclats ! Je ne savais comprendre et saisir ce Colosse Qui marchait sur le Monde à pas d'une aile d'air.,, Dont la tête n'était ni petite ni grosse, Mais dont le vaste front portait sur double éclair, LUI! je ne l'ai pas vu sur le sol des Batailles Labourer des sillons avec sa gloire en feu, Et respirer gaîment ces bouquets de mitrailles Dont les gerbes de flamme allaient s'offrir à Dieu ! Ces drapeaux remplis d'or... ces cris de la Patrie... Tout cela, sur le peuple étonné, ruisselait ; « Vive notre Empereur! et mort à notre vie ! « Oh ! que la Guerre est belle ! » — Et chacun la voulait. La plus grande grandeur où l'Homme puisse atteindre IL l'eut... et bien des gens en furent les témoins ; C'est que la pauvre mère ayant tant à LE craindre Souvent le maudissait, et ne l'aimait pas moins, Et ses vieux soldats donc ! l'ornement de son âme Dont les rayons vifs, brefs, étincelaient partout... Courbés, ils l'adoraient comme une belle femme Qu'on pense posséder — mais qui possède Tout! Ce ruban de bonheur dont frissonnait le Brave Quand SA main rattachait sur sa poitrine en blanc ; S'il voyait maintenant... comme il dirait : « C'est grave ! » « Vous faites donc du Faux de ce qui sonne Franc ?» Quand sur le monde entier, reflétant sa lumière, Il regardait un lieu qu'il ne trouvait pas pur, Aussitôt, ce point noir voilant cette atmosphère Son Tonnerre de bronze en faisait de l'Azur. Les rois assis doutaient s'ils tremblaient sur leurs trônes... Car, ils étaient plus morts que vifs, ces pauvres rois ! Alors, ils invoquaient leurs très chères patronnes, — Exhalant le Palais, l'Antichambre à la fois. Le Clergé n'aimait pas cet homme, ce Despote, Car, répétait l'Église, « il nous domine trop ; » Eux, ils l'auraient voulu prêtre dans sa Capote Pour LUI faire revoir la Corse, au grand galop. Et pourtant IL sauva l'Église du Désordre, Il guérit bien du mal fait à Notre-Seigneur ! Mais, ce n'était assez ; — on détestait son ordre... Notre ne valait pas autant que Mon seigneur. — Je m'étonne toujours lorsqu'une voix le blâme, Qui se croit assez grand pour oser y toucher ? Il semble voir un Mât que défie une rame, Ou bien, un grain de sable armé contre un rocher, Qu'on parle donc plutôt de ce serpent fétide Qui se tortilla noir autour d'un si haut nom... Des consciences d'or, ce mélange livide, Ce lâche et sec venin — qu'on nomme : TRAHISON ! Et puis... douleur profonde ! ô rage pâle, horrible !... L'AIGLE fut becqueté par un Vautour anglais Ayant pour cœur un bloc de ce rocher terrible... Oh ! l'Angleterre rouge a du sang que je hais !!

Notes

Recueil: Lignes rimées. Titre complet: A l’Empereur mort et aux reliques encore vivantes de ses armées.

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