← Retour aux poèmes

Vapeur IV - Rayon de soleil

Xavier Forneret · 1838 · Romantisme · 19e siècle
«
Laissez-moi ! laissez-moi ! vous tous qui avez vie ! Quelque chose en plein air, – le soleil – me convie Sur l'herbe, près de l'eau, sur des feuilles tombant ; Je cherche un souffle pur et le plus enivrant. Je cherche, j'ai besoin qu'il m'arrive dans l'âme Un son, un regard doux comme une voix de femme. Il me faut que le bruit se meurt dans le lointain, Il me faut une cloche à soupir incertain. Il me faut du soleil à côté d'un nuage ; J'ai besoin d'un ciel beau qui prédise l'orage. Mon cœur se fond, hélas ! sous des larmes de feu ; Il regarde partout sans rien voir en tout lieu ; – Il a dans ses replis un sentiment avide, Qui désire, qui veut, qui prend et reste vide En étant toujours plein. Quand il donne un baiser, C'est le rêve menteur qui vient le caresser : Ce qu'il touche le blesse ; il s'en va dans le vague, Il s'y heurte à grands coups, il saigne, il extravague ; Il crie comme un perdu, qui, la nuit, aux abois, Fait cent tours pour sortir, et ne sort pas d'un bois. Il s'agite, il remue, c'est à en perdre haleine ; Il se pique aux pensées qui l'abreuvent de peine ; Il est tout noir de sang, debout dans son caveau ; Il demande, en priant, secours à mon cerveau. C'est mon cerveau, dit-il, qui le tue, qui l'écrase ; Qui l'arrose de soufre allumé. – C'est un vase Rempli de glu d'enfer où se débat l'espoir ; On pourrait l'appeler Danaïde-entonnoir Où tout ne fait séjour qu'au moment du passage. C'est l'heure allant à flots se poser sur un âge. C'est un haillon pendant, tout fier de vétusté, Qui vient tirer la langue à ce qui a été. C'est du verre en couteau, qui taille l'existence, Et se casse en la plaie pour gonfler la souffrance. Ce sont des yeux en pleurs, parce qu'ils ne voient plus. C'est une pauvre mère, aux esprits éperdus, Qui se donne à manger à l'enfant qui la sèche, Et que rien ne nourrit sa chair qui se dessèche. Son sein qui tombe, hélas ! et qui n'a plus de lait, Crie, de tout son pouvoir, à la mort : Est-ce fait ? Car la mère et l'enfant sont enfants l'un de l'autre, Si la mère s'en va, l'enfant, son saint apôtre, Met ses pieds dans ses pas, – et la colonne d'air Les renverse tous deux ; – le ciel se fait enfer, Mais un enfer bien doux ; – chez lui, tout il emporte Pour ne rien séparer, et met clef sous la porte. C'est enfin, dit mon cœur, comme une horrible dent Qui limerait des os en se graissant de sang. - C'est un rayon de soleil qui me sembla écrire dans ma chambre, par le jour d'un volet, ce mot : désespoir, et qui me fit fuir. -

Notes

Recueil: Vapeurs: ni vers, ni prose.

← Précédent Vapeur III Suivant → Vapeur V - Sa mère l'embrasse

Autres poèmes de Xavier Forneret

21 janvier 1853 31 décembre 1853 A Béranger 1860 A Madame et sœur de …. 1853 A l'Empereur des Français 1860 A l'amour 1853 A la femme 1853 A la mort d’une jeune fille 1853 A la vieillesse 1860 A l’Empereur mort 1853 A propos du socialisme 1853 A sa majesté Napoléon III 1856 A un génie égaré 1860 A un jeune homme 1838 Ah ! ne vous plaignez pas, pauvres âmes brisées 1853 Ami, n’approche pas 1853 Au grand Victor 1847 Au grand poète Victor Hugo 1860 Au portrait de quelqu’un mort 1860 Aux enfants 1860 Dieu, la Terre et l'Homme 1856 Dormir est bon 1860 Elle 1838 En voyant une collection de papillons 1853 Episode des obsèques-Sébastiani 1853 Epitaphe 1853 L'automne est venu 1853 L'avenir 1860 L'infanticide 1860 L'innocent-coupable 1860 L'âge 1853 L'église de village 1860 La barque au retour 1860 La fleur des champs 1853 La tombe 1853 La voix des cloches 1860 Le 1er novembre 1853 Le ciel est bleu 1853 Le coupable-innocent 1860 Le petit garçon 1860 Le repos 1860 Le silence 1860 Le souvenir 1860 Les prisons ouvertes 1838 Octobre 1853 Passé, présent, futur 1856 Pensée triste 1853 Pensée un matin 1853 Post-scriptum 1853 Pour les oiseaux 1853 Pour me consoler 1853 Pour un bouquet 1853 Quarante à seize 1860 Réponse 1860 Soupir 1853 Un crime d'enfer 1860 Un mot sur une horreur 1860 Vapeur II - Baiser d'amour 1838 Vapeur III 1838 Vapeur IX - Amitié 1838 Vapeur VI - Roi et pauvre 1838 Vapeur VII - Elle 1838 Vapeur VIII - Orage 1838 Vapeur X - Elle 1838 Vapeur XI - Jeux de mère et d'enfant 1838 Vapeur XII 1838 Vapeur XIII - Un pauvre honteux 1838 Vapeur XIV - Bouffée 1838 Vapeur XIX - La fille du banc 1838 Vapeur XV - Victor Hugo 1838 Vapeur XVI - Une heureuse d'autrefois 1838 Vapeur XVII - Un en deux 1838 Vapeur XVIII - Père-Mère-Enfant 1838 Vapeur XX - Elle 1838 Vapeur XXI - Brise 1838 Vapeur première 1838