«
Oh ! ma brise du soir
Viens à moi caressante,
Avec ta voix mourante
Souffle-moi de l'espoir.
ESPÉRER ! ESPÉRER !
Ce mot va dans nos veines
Pour y couper nos peines
Et puis cicatriser ;
C'est un large soleil
Qui couvre et fait éclore
Dans la nuit, une aurore ; –
C'est un rêve vermeil ; –
Les étoiles des Cieux,
Ces diamants du Père,
Aussi ceux de la Mère,
Ne scintillent pas mieux.
Oh ! oui ! l'homme a besoin
De ce mot, ESPÉRANCE ;
Il en fait sa balance
Et se pèse de loin ;
Il se sent enlevé
Alors comme une plume,
Et ne voit dans la brune
Qu'un horizon doré.
Le ruisseau qui s'en va
Nous donne une tristesse ;
Qu'on espère sans cesse,
On croit qu'il reviendra.
On croit à l'Amitié,
Aux choses de ce monde,
Et la joie comme l'onde
Coule avec pureté.
Nous croyons à l'Amour,
Ce médecin malade,
Du cœur celte charade
Non sue jusqu'à ce jour.
Nous pensons bien que Dieu
S'occupe de la Terre,
Et que ceux qu'on enterre
Vont tous en son saint lieu.
Nous pensons que les bois,
Les bois à tête verte,
L'auront toujours couverte
De même chaque mois.
Un mort doit revenir
Suivant une pensée
Que notre âme attristée
Garde en son souvenir ;
Si l'on ne croyait pas
Se revoir et s'entendre,
S'embrasser et se prendre,
Et s'enlacer les bras ; –
Le monde aurait bientôt
Une face livide,
Son corps deviendrait vide,
Maigre de bas en haut.
Quelques corps, quelques pieds
Se remueraient encore
Sur la tombe sonore,
Ou d'autres décharnés
Crieraient :
Sans une foi,
Homme, Femme, Enfant ivre,
Vous ne pouvez pas vivre,
Mourez ! voilà la loi.
Oh ! ma brise du soir,
Viens à moi caressante,
Avec ta voix mourante
Souffle-moi de l'espoir.