«
Voix que j'entends au loin, si pure et si timbrée
Promène tes accents qui réjouissent l'air,
Mais tu ris trop pour moi, – moi dont l'âme est navrée,
Moi dont le bonheur n'a que la vie d'un éclair.
Pourquoi tant répéter une chanson joyeuse ?
Elle me fait pleurer. – La joie près du chagrin
Donne une maladie dont la douleur affreuse
Remue de fond en comble. – Oh ! change ton refrain.
Je pleure, va, je pleure, et des larmes amères,
J'ai dans les yeux, je crois, tous les fiels d'ici-bas ;
J'ai aussi des pensées qui sont de vraies vipères
Elles se clouent sur moi, et ne démordent pas.
Tu es jeune, bien sûr, suave, et fraîche et douce ;
Tu n'as rien dans le cœur qui le tienne serré,
Tu roules en ton cou, comme une eau sur la mousse ;
C'est un enfant qui dort après avoir joué.
Crois-moi, veux-tu me croire ? Amuse-toi bien vile,
Et moque-toi de moi qui n'ose encor mourir ;
Siffle à mon cœur malade une harmonie maudite ;
Raille-le, fais-lui prendre un poison pour guérir.