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L'infanticide

Xavier Forneret · 1860 · Romantisme · 19e siècle
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INFANTICIDE ! — mot qui comporte l’horreur… Qui pénètre d’effroi… qui frappe de stupeur… Le roi de l’Odieux par le Crime-colosse, Qui rit de la Nature et prend pied dans la fosse !… Aurait-on dû jamais avoir à l’inventer Pour dire l’action qui fait le plus douter ? Une mère qui donne à son enfant la vie, Et qui la lui reprend sans pitié quoiqu’il crie… Malgré ses mouvements et ses crispations, Ses souffrances de corps et ses convulsions… Qui ne s’occupe pas, en sa rage cruelle, Si son premier regard se tourne et va vers elle ! S’il a chaud, s’il a froid en dessous, en dessus ; Si ses petites mains se joignent en Jésus, Comme pour la prier de finir ses tortures Et de le laisser vivre au sein des créatures ; Pour la voir, la servir, la défendre, l’aimer, Grandir en cet amour qu’on doit tant estimer. Une MÈRE ! — Ce mot peut-il s’allier à l’autre ? Oh ! je n’en trouve point, — point que celui d’apôtre Du Démon incarné, affreusement maudit, Dont le palais d’Enfer, au plus saisissant bruit, Offre les hurlements ou le sang-froid sauvage De l’hyène qui flaire et dévore en sa rage Quelques rouges débris, quelques os tout sanglants Qui palpitent encore, et sont toujours fumants !… Oui, c’est là de l’apôtre, à l’infernale race, L’image de serpent, que faiblement je trace ; Et pour la rendre mieux, sait-on ce qu’il faudrait ?… Être père surtout de l’enfant qu’on tuerait ? Maintenant, regardons la mère après son crime, Après qu’elle a franchi, sans en mourir, l’abîme… Un cadavre est près d’elle… il faut l’anéantir, Et, loin de tous les yeux, le porter, l’enfouir !!… Elle commet cette œuvre effrayante, incroyable !! En sa tête un calcul travaille, épouvantable, Pour se débarrasser avec plus de bonheur Du fardeau qui lui pèse à l’esprit, non au cœur. Sur ce terrain de mort s’agite sa pensée, Si ce n’est fait d’avance ; et sa force épuisée Ne l’arrête jamais… ou du moins peu souvent, Car la Brave qu’elle est redoute un châtiment. Avec trop de douceur, appliqué sur le Monstre : Le nombre des forfaits accomplis le démontre. PUNITION, TERREUR, ô juges, magistrats ! À la Maternité feront faire un grand pas, Cette maternité, — dérision amère ! Que n’accepterait pas l’hyène et la panthère. Soyez donc indulgents, Jurés ou Tribunaux, Pour la femme vouée aux Esprits infernaux ! Pour celle qui tordant ou brisant les vertèbres D’un pauvre petit ange, en d’épaisses ténèbres, Afin de mieux cacher les morceaux d’un enfant, Les arrange parfois sur un brasier ardent… Les attise, les voit se fondre, disparaître… Et de ce sacrifice attend tout son bien-être… Son honneur garanti son honneur, juste ciel ! Par du sang répandu dont frissonne l’autel ! Oh ! vengeance !… oh ! cessez, Hommes, pour votre gloire, D’atténuer un crime à la face si noire… Pour la mère qui tue , on doit être de fer ; Frappez, juges, frappez !.. pas de grâce !! et l’Enfer !!!

Notes

Recueil: Ombres de poésie. Je présente ici la version du poème directement reprise de l'édition de 1860; de nombreuses erreurs et différences sont présentes sur la version Wikisource.

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