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Ah ! ne vous plaignez pas, pauvres âmes brisées,
Frêles et jeunes fleurs...
Souffrez plutôt, croissez sous les folles risées,
Et comme un lis s'entr'ouvre aux célestes rosées
Entr'ouvrez vous aux pleurs.
Vous dormiez dans l'indifférence,
Dans l'oubli même du saint lieu ;
Vous n'aviez pas une espérance !
C'est l'aiguillon de la souffrance
Qui vous a fait songer à Dieu.
Ah ! saluez cette lumière!
Quels que soient vos troubles nouveaux :
N'avez-vous pas le sanctuaire,
N'avez-vous pas dans la prière
Un doux refuge à tous vos maux ?
Ployez-vous, âmes délaissées
Sous la main du divin amant...
Et quand vous vous sentez blessées,
Consolez-vous dans les pensées
Que Dieu vous frappe en vous aimant.
Cachez comme un trésor
Cette sainte blessure
Dans le secret du cœur...
Et comme l'on bénit une compagne sûre
Une épouse fidèle et dont la voix rassure,
Bénissez la douleur.
Portez la croix rude et pesante
Qu'on vous impose chaque jour...
C'est un père qui la présente ;
Et l'angoisse la plus cuisante
Est un appel de son amour.
La coupe de mélancolie
Précède la coupe de miel ;
Ne rejetez pas celte lie,
Baisez la chaîne qui vous lie
Car un des anneaux touche au ciel !
Laissez-Ià le monde et ses charmes,
C'est un bel arbre aux fruits amers ;
Videz le calice d'alarmes...
La foi se trouve au fond des larmes
Comme la perle au fond des mers.