«
J'essaie en quelques mots de m'exprimer beaucoup,
Je taille bien ou mal, — mais c'est tout d'un seul coup.
Permets donc, s'il te plaît, ô géant de la plume,
De forger quelques vers sur ma modeste enclume,
En l'honneur de ton nom et du cadre doré
Mille fois noble et grand dont il est entouré I
Moi, je suis bien petit dans mon nid de Province,
Mais je me sens heureux, peut-être plus qu'un prince.
Moi, grand homme, je sais te sentir, t'admirer,
Celui que tu fais rire, oh ! oui, donne à pleurer ;
Car son âme est absente à la tienne plaintive
Ardente et vigoureuse, et parfois si naïve !
Depuis plus de vingt ans, des bavards illettrés,
Que dis-je, des bavards?... des vautours illustrés,
Avec l'Envie au bec cruel, honteux et lâche,
Ont bavé sur ton front, sans y laisser de tache ;
Prétextant que les vers de nos vieux écrivains
Tu les écrasais net de superbes dédains ;
Que tu ne parlais pas le français de la France,
Qu'enfin, ton art était à l'art pur, une offense!
Le Génie a lutté, sans cesse il luttera ;
C'est son lot, sa puissance... et toujours il l'aura.
L'Académie, au corps qu'on dit si formidable,
A, de reste, prouvé qu'il était abordable
Pour toi dont On riait, souvent ne t'ayant lu,
Serin comme un oiseau qui se prend à la glu.
Aujourd'hui tu leur sers de bon dictionnaire
Toi qu'ils ont accusé de croquer la Grammaire ;
Fiers de te posséder dans leur sein infini
Quoique tu sois l'auteur de ce drame — Hernani
Qu'on te reprocha tant, et qui n'est à la scène
Qu'une étoile de plus à ce ciel qui t'entraîne !
Tu peux te reposer, et compter maintenant
Ces écrivains extraits par toi de leur néant :
Ceux qui t'ont déchiré par le plus de furie
Imitent à l'envi ta première folie,
Te grimpant sur le dos pour y mieux voir de loin
Leurs noms qu'ils font crier en tout coin et recoin ;
Car leurs œuvres (c'est sûr) tu dois dire : « les NÔTRES ! »
À VICTOR sa grandeur et la grandeur des Autres.
1847