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Quarante à seize

Xavier Forneret · 1860 · Romantisme · 19e siècle
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« Pardonne, ô douce fleur, si je te fais trop d’ombre, « Et si je fais pleurer « Ton suave regard que parfois je rends sombre « Au lieu de le baiser… « Quand tu veux bien venir de ton parfum si tendre, « Embaumer tout mon cœur, « L’empêcher, par ton feu, qu’il devienne une cendre, « Lui donner du bonheur… « Oui, pardon, oh ! pardon ! j’ai la tête perdue, « Lorsqu’au ciel de ta voix, « J’apporte des accents de tristesse éperdue, « Sans pitié quelquefois… « Sans voir que tes genoux me demandent ta grâce… « Quelle grâce, mon Dieu ! « Pourquoi ?... Que m’as-tu fait pour prendre cette place « Qu’on ne doit qu’en saint lieu ?... « Et qui le comprendra ?... Je te hais et d’adore, « Méchant, ivre d’amour ; « Ah ! je suis malheureux, je te le dis encore, « Je souffre chaque jour… « Oui, des douleurs d’Enfer… puis, la mélancolie « M’apporte un autre mal « Non moins affreux, non moins mélangé d’une lie, « D’un poison sans égal ! « Quoi ! lorsqu’un bras de neige et de rose charmante « Veut s’appuyer sur moi… « Alors, comme au contact d’une tête mordante « Je fuis avec effroi. « Je fuis ta main mignonne et de blancheur royale, « Son amoureux effort ; « Je la repousse ainsi qu’une main sépulcrale « Qui conduirait la Mort. « Tes cheveux, sur les miens, sont un marbre d’ébène, « Souple et brillant roseau, « Dont je crois ressentir la frissonnante haleine « Comme au fond d’un tombeau ! « Et ta bouche, ô ma fleur, ou plutôt, ton calice « Tout de perles rempli, « Il me semble le voir, du bord d’un précipice « Sortir le mot : OUBLI. « Oubli !... Serait-ce vrai ? Squelette horrible à l’âme, « Et d’aspect effrayant… « Hiver sans fin, terrible, et sans la moindre flamme… « Silence torturant… Ah ! oui, voilà, cher ange, oui, voilà le mystère De mes sombres éclats, Lorsque je pense, hélas ! que, vieilli sur la terre, Tu me remplaceras… « Mais, viens un jour, oh ! viens… au jour où chacun tombe « Pour qu’il soit enfermé, « Oui, viens te souvenir, pour réjouir ma tombe, « Que tu m’as bien aimé ! »

Notes

Recueil: Ombres de poésie.

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