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Est-ce bien vrai, dis-moi ? est-ce loi que je touche ?
Est-ce toi qui me dis : – Je t'aime, – avec ta bouche ?
Sont-ce bien tes cheveux qui me font frissonner
En parfumant de l'air ce qu'on en peut goûter ?
Est-ce toi qui m'entends, qui comprends ma parole,
Qui viens mêler mon souffle à ton souffle qui vole ?
Est-ce bien ton regard qui est devant le mien ?
Es-tu toute pour moi, et pour le monde rien ?
Sont-ce bien nos deux mains, nos doigts qui se caressent ?
Elles fondent crispées, – en délire ils se pressent.
Je t'ai donc là ce soir ! – Heure de volupté,
Tu sonnes notre amour et notre liberté !
Amante de soleil, tu jettes ta poitrine
Sur mon cœur enivré que ton âme illumine.
Ô joie ! quel paradis répand ses flots sur nous,
Son délire d'amour nous rendra bientôt fous.
Oh ! mais sens-tu ?... Peux-tu respirer à ton aise
Sous nos bouches lançant des flammes de fournaise ?
Sens-tu cet abandon qui nous donne la mort,
Cette mort à longs feux, – cette mer sans un bord
Qui noie dans ses replis, entraîne en son abîme
Et crée dans un néant la vie la plus sublime.
Toi, mon être du ciel, qui montres à aimer,
Tu es faite par Dieu, et j'ose te toucher !
J'ose entendre ta voix qui baise mon oreille,
Ta voix plus douce, ô Dieu, que du sucre d'abeille.
Tu veux bien partager tous mes frémissements
Qui palpitent sur toi, qui brûlent mon encens ;
Tu veux et lu voudras, n'est-ce pas, mon archange ?
Oh ! merci, mon bien cher, mon joli petit ange.
(Minuit moins trois minutes.)