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Le coupable-innocent

Xavier Forneret · 1860 · Romantisme · 19e siècle
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« Je suis libre !… Et le jour m’inonde de son air… « J’ai quitté de lieux noirs, l’humidité d’enfer, « Où je me débattais seul avec ma pensée, « Qui sur moi s’élançait accablante, embrasée ! « Je suis libre !… Et les fleurs, parfumant le Soleil, « Me font doux l’odorat, après un lourd sommeil, « Les oiseaux voltigeant chantant leur mélodie « Et du Cœur lorsqu’il aime, et de l’Âme qui prie ! « Je parle allant partout, caressant le bonheur, « Et rien ne me répond que la voix du malheur… « Car je me sais coupable, et sur ma conscience « S’étend le voile épais d’une horrible souffrance… « Car j’ai commis un crime, et, la preuve manquant, « Je suis réputé pur ainsi qu’un innocent. « Mais la punition de la Faute sur terre, « Et qu’inflige la loi, n’est pas la plus amère. « Il faut sentir le fiel qu’apporte l’examen « De soi-même, flétri par un brûlant venin… « Il faut passer des nuits, regardant sa victime « Échevelée et pâle, et sanglante, et sublime « De supplications, de douleur… à genoux… « Et puis se rappeler qu’on frappait de grands coups, « Sans pitié, comme un tigre assouvissant sa rage, « Avec tout le sang-froid de ce lâche courage « De l’Assassin maudit !… — Et l’on comprend alors « La glace et les sueurs de l’Esprit et du Corps… « On comprend les frissons, l’angoisse, la torture « Qui s’aiguisent en nous pour creuser la figure… « Y marquer à jamais l’empreinte du Damné « Qui s’est au feu d’enfer lui-même condamné. « En protestant toujours qu’il n’était point coupable, « Il s’est fait pour chaque heure une vie exécrable ; « Car, d’abord, les vrais murs d’une affreuse prison « Sont construits de remords, le plus subtil poison ; « Et, pour en souffrir moins, on doit subir sa peine. « Que le Criminel rive avec force sa chaîne, « Quelque douceur est là !… Ne songe-t-il donc pas « Au bruit lugubre et sûr de ce prompt coutelas « Qui sépare peut-être une pensée avide « De sagesse et de bien, — et la roule livide « Aux pieds de qui l’aimait ?… Voir Innocent, Bourreau « L’un à l’autre accolés comme fer et fourreau, « Se peut-il que le Ciel, d’indulgente justice, « Nous charge de la croix d’un semblable supplice !… « Oh ! c’est vrai : je suis libre et de jour et de nuit ; « Mais si l’Homme a parlé, mon Dieu ne m’a rien dit. »

Notes

Recueil: Ombres de poésie.

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